contrelaxenophobie

Dénonçant le sort des Roms, un médecin refuse la Légion d’honneur

In Revue de presse on août 25, 2010 at 01:40

Paris, le mardi 24 août 2010.

Le docteur Anne-Marie Gouvet, anesthésiste à la polyclinique de Navarre à Pau a décidé, sans doute inconsciemment, de faire mentir Jules Renard. L’écrivain amoureux d’aphorismes affirmait en effet : « En France, le deuil des convictions se porte en rouge et à la boutonnière », faisant allusion à ceux, nombreux, qui préfèrent taire leurs ressentiments et leurs révoltes, pour le seul plaisir d’arborer la Légion d’honneur à leur veston. Anne-Marie Gouvet ne sera pas de ceux-là. Si les décorations remises par la République semblent une coutume familiale, puisque ses parents et son grand-père reçurent la Légion d’honneur, l’honneur est une tradition à laquelle elle se veut bien plus fidèle. Or, pour Anne-Marie Gouvet, face à « la politique mise en œuvre par le gouvernement » elle ne pouvait consentir à être élevée au rang de Chevalier de la Légion d’honneur pour son « engagement fidèle au service de la France».

Bulldozer

C’est le sens même de cet engagement qui lui est apparu au fil des semaines en contradiction avec les engagements du pouvoir actuel qui souhaitait lui décerner la légion d’honneur. Après la promulgation de sa distinction le 14 juillet, Anne-Marie Gouvet, surprise de cette annonce, fruit des démarches secrètes de son fils et son époux, choisit après un temps de réflexion d’accepter cette décoration. L’été, pourtant, l’a conduite à modifier ses positions. Le démantèlement de plusieurs camps de Roms et la stigmatisation de ces populations furent en effet vécus comme des événements difficilement tolérables aux yeux de celle qui aux côtés d’organisations comme Médecins du Monde ou aujourd’hui la Chaîne de l’Espoir a sillonné le monde du Kurdistan iranien au Rwanda en passant par l’Afghanistan. C’est notamment ce dernier pays qu’elle gardait à l’esprit en écrivant ces derniers jours sa lettre de refus de la Légion d’honneur au Président de la République : « Comment pourrais-je repartir en Afghanistan, en Mongolie  ou ailleurs avec cette décoration, tandis que les Roms, citoyens européens, vivent dans la boue et assistent, impuissants, à la destruction au bulldozer de leurs rudimentaires campements ?» s’interroge-t-elle dans cette missive adressée à Nicolas Sarkozy. « J’ai travaillé dans trop de camps de déplacés pour tolérer la manière dont sont traités par la France les réfugiés et autres sans papiers » écrit-elle encore.

Aurélie Haroche

[Source :  JIM (journal international de médecine)]

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