contrelaxenophobie

Lettre de Gustave à George

In Uncategorized on septembre 1, 2010 at 11:30
« Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de 
Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen. — Voilà la troisième 
fois que j’en vois — Et toujours avec un nouveau plaisir. 
L’admirable, c’est qu’ils excitaient la Haine des bourgeois, 
bien qu’inoffensifs comme des moutons. Je me suis fait très mal 
voir de la foule en leur donnant quelques sous — Et j’ai entendu 
de jolis mots à la Prud’homme. Cette haine-là tient à quelque chose
de très profond et de complexe. On la retrouve chez tous les gens
d’ordre. C’est la haine que l’on porte au Bédouin, à l’Hérétique, 
au Philosophe, au solitaire, au poète — Et il y a de la peur dans 
cette haine. 
Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère — Il 
est vrai que beaucoup de choses m’exaspèrent. Du jour où je ne 
serai plus indigné, je tomberai à plat, comme une poupée à qui on 
retire son bâton. »

Gustave Flaubert, lettre à George Sand datée du 12 juin 1867 
(extrait de la Correspondance, tome III, janvier 1859-décembre 
1868, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1991,
 1 744 p. Édition établie par Jean Bruneau.).
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