contrelaxenophobie

La honte de Montreuil

In Uncategorized on octobre 8, 2010 at 18:37

Depuis quatre jours, à Montreuil, on a honte. Honte de laisser chaque soir une trentaine de personnes sur le trottoir, sous la pluie les deux premiers jours (fine, mais constante…) Trois bébés, une demi-douzaine d’enfants, hommes et femmes de tous âges. Protégés par de minces couvertures de cellophane, n’ayant pas trouvé d’autre abri pour la nuit. Les enfants tombaient de sommeil. Et tout le monde était épuisé. Mais il fallait trouver un abri. Des bâtiments vides à Montreuil, il y en a des centaines (la mairie en a recensé 400).

Un repérage rapide permettait d’en identifier deux ou trois. Des maisons très voyantes et splendides, ou plus discrètes et miteuses. Mais était-ce opportun d’occuper sans préparation au risque de se faire expulser aussitôt ? Ce sera le débat pendant deux jours. Au troisième jour, la tension devenait insupportable sur le campement. Un jeune a « pété les plombs », bagarre, cris. Un quart d’heure plus tard, la police arrive, prévenue par des voisins. Mais les roms avaient déjà plié bagage, et le jeune homme surexcité s’était un peu apaisé et avait décidé de lui-même de s’éloigner du groupe (et dormir cette nuit-là au bord de l’autoroute).

La police venait pour s’assurer qu’il n’y ait pas de blessé. Le chef de patrouille nous rassure : il n’est pas venu pour embarquer qui que ce soit. Il connait bien le problème. Depuis un an, il suit ces roms à la trace, et se désespère qu’on ne puisse trouver de solution. Il témoigne d’avoir tenté d’en trouver lui-même, en proposant au groupe de s’installer au bord d’un terrain de football isolé, où ça ne pouvait gêner grand monde. Le lendemain, la mairie demandait l’expulsion du terrain,  nous dit-il…

La police nationale nous explique alors que la seule chose à éviter, c’est d’occuper les terrains immédiatement mitoyens du campement rue Etienne Marcel, aux bords de magnifique Palais des Congrès. Et que sinon, ils n’expulseraient pas ces roms de tout lieu sans affectation qu’ils pourraient occuper, à moins d’avoir une décision de justice qui l’ordonne.

Une heure après, la police était partie, et les familles s’étaient déplacées dans le square (ouvert), au milieu de la place de la République (bordée des somptueux magasins Robinson), éparpillés parmi les arbres, à l’ombre, silencieusement. C’était mieux que sur le trottoir, mais les frondaisons ne faisaient pas un toit.

Pendant ce temps, nous sommes allés à quelques uns pour démurer un immeuble repéré par les roms à quelques rues de là, dans un environnement de bureaux, où l’on pouvait espérer casser un mur sans trop ameuter de riverains. Sans avoir à commettre d’effraction, nous sommes entrés par un trou, au-dessus de la boîte-aux-lettres, pour démurer, de l’intérieur, une fenêtre sur rue, la porte étant blindée.

Un quart d’heure plus tard la police arrivait, alors qu’on avait déjà démuré la moitié de la fenêtre. On leur explique alors qu’on ouvre cette maison pour abriter les trente personnes à la rue depuis trois jours. Ils demandent des instructions à leur QG. Une amie passant par là se propose d’appeler la Mairie, et signale à la police que la Mairie a recommandé d’occuper des espaces vacants pour héberger les roms à la rue, pour lesquelles elle dit ne rien pouvoir faire.

Les policiers nous expliquent que sur « les ondes » de leur système de communication interne, la Préfecture rappelle « tous les quart d’heure », son objectif : « pas un rom en Seine-Saint-Denis ».

La Préfecture et la Mairie sont alertées. Notre arrestation au commissariat est décidée dans l’attente de l’avis de la Mairie. Une heure plus tard, au commissariat, un adjoint au maire se présentait pour porter plainte contre nous pour « dégradations » d’un immeuble appartenant à la Mairie. Du coup, nous devions être gardés-à-vue jusqu’au lendemain matin, pour recueillir nos dépositions.

Peu après, une opération de police procédait à l’expulsion des roms installés square de la République, sous l’œil de deux « responsables » de la Mairie qui s’avouaient « irresponsables ». Pendant ce temps, le chef de l’opération hurlait au téléphone, qu’il voulait qu’on réveille le Préfet Lambert s’il le fallait, car il n’agirait pas sans un ordre direct émanant de sa personne. Cet ordre ne tarda pas à intervenir : les roms étaient chassés avec instruction de n’occuper aucun jardin public, ni même les trottoirs de la ville. Ils sont alors retournés sur « leur » trottoir, rue Etienne Marcel.

À 13 heures aujourd’hui, après avoir été entendus, nous étions libérés, sous les cris d’une cinquantaine de manifestants, dont les familles qui attendaient la libérations des deux jeunes qui avaient été arrêtés avec nous et ne seront libérés qu’après nous, après qu’on ait crié un moment.

Étaient présents des journalistes de la télé suisse et belge, qui s’étonnaient de l’absence des média français, et même de l’AFP.

Aujourd’hui, les familles sont revenues au bord du trottoir, éreintées. Sous le soleil. Pour combien de temps encore ?

Le 8 octobre 2010.

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  1. Voici un deuxième témoignage de cette soirée mouvementé où quelques uns furent tenter d’ouvrir une vieille maison abandonner pour s’abriter :

    Hier soir ( nuit de jeudi 7 à vendredi 8) vers 21 heure il y a eu une plainte du voisinage pour violences et tapage nocturne sur le trottoir de la rue Etienne Marcel :
    Les flics arrivent, dans l’ensemble « sympas », nous les rassurons pour qu’ils partent en leur disant que les familles vont bouger.
    Nous partons sur un lieu qui appartient à la mairie: square de la (pour ceux qui se souviennent:des mois de camp dans ce même square lors de l’expulsion du Gazomètre)

    Voynet, elle-même s’étant proclamée « entrer en résistance pour la protection des Rroms  » tant dans son journal montreuillois qu’à une conférence de presse, auto-pub en aout)
     » solidarité , résistance et désobéissance »

    Il est même fait mention, dans ce journal de la création de groupes de travail,
    POUR TROUVER DES MAISONS !! .
    Nous suivons donc les directives de la mairie et associations de ce groupe de
    travail:

    Arrivés place de la République ; 22h , les familles s’installent , nous sommes environ 6, soutiens en tout et pour tout , un bâtiment muré pas loin, les Rroms veulent y aller : nous partons pour ouvrir le lieu à 23h.
    15 minutes après dans cette rue déserte, juste un squat à coté… et une gentille délation. Là, 2 voitures de cow- boys cranes rasés déboulent, seuls les 2 mineurs Rroms mains sur le mur sont fouillés comme des criminels, les soutiens juste encerclés.
    Tout le monde en garde à vue, le préfet LAMBERT, 1er flic de France ordonne aussi l’expulsion par une cinquantaine de flics de la vingtaine de familles dans le square.

    LES ZZELUS OSENT VENIR DIRE à minuit, QU’ILS AURAIENT BIEN GARDE CES FAMILLES DANS LE SQUARE MAIS LE PREFET A DECIDE , puisque nous avions osé toucher à cet immeuble :
    Détruire le bien publique et nous conduire en délinquants, sur l’immeuble de la mairie, déclaré insalubre et promis à la démolition depuis 10ans!… Spéculation immobilière quand tu nous tient dans ce coin de bobos de la
    place de la république.

    Les 5 « délinquants », dont les Rroms mineurs ont été libérés à 14h , à l’issue
    du rassemblement devant le commissariat.

    LA MAIRIE COUPABLE ET RESPONSABLE de CES ACTES DE VIOLENCES INTOLERABLES.

    LA SOLIDARITE DOIT JOUER et ceci entre le groupe des Rroms à l’abri à la Parole Errante ( entre temps démanagés dans la maison du square marcel Cachin), leurs soutiens, et ceux qui dorment sur le trottoir, harcelés par la délation et la police. Nous ne pouvons effectuer de choix, ou donner des leçons sur « la tactique », « stratégie » et rester dans l »attentisme, ou l’évitement par rapport à ce groupe qui ne fait pas partie de la P.E. ( cela faisait le bonheur de Reznic; hier soir, des « hors quotas » des 36!)

    LA MAIRIE DOIT RETIRER SA PLAINTE!!! et doit ouvrir un terrain municipal à DEFAUT DE PROCEDER AUX REQUISITIONS D’IMMEUBLES VIDES , ( pas de délinquance, c’est une loi!)

    Le piège de leur provocation, et discours électoraliste , ils vont jusqu’à officialiser un groupe pour « trouver » des maisons vides, terrain etc.. et après du pénal! ( cette nuit là, une quarantaine de soutiens sont arrivés en 5 minutes, à minuit)

    PAS UN SOUS POUR CETTE MAIRIE QUI LES A CONDAMNE A PAYER DES AMENDES !! Pour
    tentative d’ouverture d’un immeuble en ruine leur appartenant.

    APPLICATION DE LA REQUISITION DE TOUS LES IMMEUBLES DE LA MAIRIE.

    Des sous il y en a des les poches de la mairie : 1. 260.000 euros + 400 000 euros pour la ventilation du marché de la Croix de chaveau!!
    Spoliation de l’argent publique : combien de logements très sociaux et terrains viabilisés à la place?

    Ce soir , ils sont revenus « dormir » sur de quelques cartons, Rodolphe a apporté une voiture entière de couvertures.
    Ils sont en face du palais des congrès, rue E. Marcel, là où la mairie appose des arrêtés municipaux de dératisation quand il y a un Rrom.

    SOL.

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