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Expulsion Bobigny : Retours sur le discours des préfets Leschi et Galli

In Analyses on juillet 23, 2015 at 18:48
C’est en lisant hier soir l’article publié dans Le Monde (ci-dessous reproduit) qu’il est apparu évident de devoir publier un article sur l’expulsion du bidonville de La Folie à Bobigny qui a eu lieu hier en fin de matinée. L’expulsion du terrain met en lumière les failles des discours officiels. Discours policier néanmoins bien rodé et évidemment relayé.
L’article du Monde écrit par une journaliste de l’AFP illustré d’une photographie d’archive qui n’a pas été prise hier matin à Bobigny est l’un des transmetteurs de ces petits mensonges officiels qui rendent la vie plus douce et les évacuations de terrain moins pénibles… pour l’administration.
Le photographe de l’AFP, car il y en avait un même si ce n’est pas ses photos qui ont été publiées, est le seul à être arrivé en même temps que la police. Il était bien mieux informé.

photo: BSB la_folie_21juill2015_bsb_14

Une cinquantaine d’habitants du bidonville étaient encore devant le terrain à l’arrivée massive de policiers, de fonctionnaires préfectoraux, et autre ribambelle de gestionnaires.
Les familles accompagnées par une dizaine de jeunes gens en service civique au Enfants du Canal depuis à peine un mois pour la plupart – découvrant pour la première fois de leur vie les méandres d’une expulsion –, tentaient de joindre le 115 afin de trouver un hébergement d’urgence face à la situation.

Quelques citoyens solidaires étaient également présents et démunis.
Une journaliste envoyée par LCI était là ainsi qu’un travailleur social de l’ASSET, accompagnateur à la scolarité sur plusieurs terrains d’Île-de-France, notamment auprès des enfants de ce bidonville.

Les familles qui restent ainsi jusqu’au dernier jour d’une expulsion sont les plus démunies, c’est qu’elles ne savent pas où aller. Pour dire leur dénuement, elles avaient passé toute la journée d’hier à écorcher les coquilles des caravanes afin d’en récupérer le revêtement en aluminium qui se vend 85 centimes le kilo.
Le préfet Galli est arrivé en trombe avec une caméra Go-Pro vissé sur la tête, tel un policier de terrain. Sept camions de gendarmerie et une cinquantaine de gendarmes en gilet pare-balles se sont déployés face au terrain, empêchant toute circulation

Ils étaient accompagnés de la police nationale de Bobigny ainsi que des fonctionnaires de la BAC venus pour ouvrir toutes caravanes et baraques fermées.
Des photographes avec le brassard de la police ont quant à eux mitraillé le terrain abandonné pendant plus d’une heure.

En plus du préfet Galli, il y avait le préfet de la direction régionale et interdépartementale pour l’hébergement et le logement (Drihl), monsieur Didier Leschi. Ce dernier déclarait aux micros tendus qu’il était là pour « proposer des solutions d’urgence aux plus vulnérables », ce que retranscrit tel quel l’article de l’AFP. Présent jusqu’à la fin de l’expulsion, il n’a cependant pas daigné se signaler aux familles démunies ni au travailleur social, ni même aux jeunes gens des Enfants du Canal qui continuaient à appeler sans succès le 115.

Dans la matinée, quelques-uns ont réussi à joindre le service d’hébergement d’urgence qui leur a annoncé que s’il s’agissait d’une expulsion, alors la préfecture les aurait prévenus et qu’ils n’avaient pas été prévenus… Mettant un temps en doute le fait qu’une expulsion aurait lieu ce matin. Ils conseillèrent d’attendre que la Drihl prenne en charge toutes ces familles ensemble. Enfin un autre coup de téléphone de leur part annonça qu’il fallait reprendre patiemment les appels individuels au 115, puisque la Drhil n’avait pu leur réserver aucune place, ce que firent familles et jeunes en service civique, durant toute la journée.

C’est donc sur fond de la fameuse musique du 115 que monsieur Leschi, à quatre mètres de là, déclarait que tout était fait et qu’il était là pour ça.
Un monsieur, citoyen lambda, vint lui signaler une femme enceinte avec des problèmes de santé, le préfet lui ayant indiqué les fonctionnaires prévus à cet effet.

À la question : « Pourquoi n’avez-vous pas fait le nécessaire ? », monsieur Leschi répond courtoisement : « On attend qu’on nous le demande. » — Ils appellent le 115 là. — Bah c’est ça, ils doivent appeler le 115. — Mais vous ne faites pas quelque chose de votre côté ?
Réponse bien calibrée : « Eh bien on regarde les situations individuelles mais la difficulté qu’on a eue ici c’est que les travailleurs sociaux n’ont pas pu rentrer, parce que quand ils ont voulu faire le diagnostic social, ils se sont fait agresser. Donc ils se sont retirés. » — Bah pas tous, il y en a là. — Ah bah il faut nous les présenter, non ça c’est pas des travailleurs sociaux, les Enfants du Canal, c’est ça dont vous parlez ? — Il y a aussi un travailleur social de l’ASSET. — Bah nous sommes des travailleurs sociaux aussi. Donc la question c’est que nos listes sont imparfaites, et donc il faut qu’on regarde. — Ils ont fait une liste là. — Eh bé on est là pour ça. — Mais vous ne signalez pas aux gens que vous êtes là pour ça ? — Mais ils le savent. Vous savez les Enfants du Canal on les finance, donc ils le savent parfaitement. C’est une association financée par la préfecture. — C’est pas écrit sur votre veste ! — Oh ils nous connaissent, ne vous inquiétez pas.

Voilà un dialogue fort inquiétant. qui ne s’arrête pas là.

Et monsieur Leschi de poursuivre :

— C’est toujours une situation très difficile, en particulier dès lors qu’on n’a pas pu faire le diagnostic social en tout cas imparfaitement… — Vous avez des exemples de diagnostics sociaux qui se sont bien passés ? — Oui bien sûr. — Lesquels ? — Oh dans la plupart des campements ils se passent bien. Par exemple celui des Coquetiers était PARFAIT, juste à côté. — Ah les Coquetiers ! Vous savez où sont la moitié des familles des Coquetiers ? — Tout à fait, je ferai un bilan avec l’ADOMA et l’ensemble des associations qui s’en occupent. — Pour vous ils sont tous relogés ? — On fera un bilan bientôt. — Les Coquetiers c’était l’automne dernier ? — Oui et on continue à les suivre, famille par famille. — Alors vous savez que sur ce terrain (en train de se faire expulser) il y a des familles des Coquetiers ? Que là devant vous ce sont des familles des Coquetiers ? Donc dans le diagnostic « parfait » des Coquetiers vous savez qu’il y a des familles qui étaient encore en bidonville et qui sont en train d’être à nouveau expulsées. Vous ne les voyez pas ? — Moi je ne suis pas travailleur social, chacun son métier.

Travailleur social, pas travailleur social ? un dialogue inquiétant quant au volet « social » de l’action de l’État. On constate qu’il manque cruellement de dialogue, et de bonne foi.
Un début de travail est effectivement amorcé pour le relogement de familles de bidonvilles, des contrats sont passés avec des hébergeurs historiques de travailleurs immigrés comme l’ADOMA, que des « travailleurs sociaux à la haute déontologie » comme dit le prefet de la Drhil sont payés, mais ne font pas leur travail, et que surtout les discours rassurants et humanitaires sont là pour la façade, qu’en réalité les personnes qui se présentent et arrivent avec la police pour « gérer l’hébergement d’urgence », préfèrent laisser des jeunes gens en service civique depuis un mois pour gérer une crise qui les dépasse. Laissant surtout aux familles le soin de se débrouiller seules tout en étant présents pour dispenser leur bonne parole aux micros des médias… Amen.

Rien de nouveau sous le soleil de la canicule…

Le préfet Galli responsable de l’opération pouvait se réjouir au nom de tous : « Vu l’état du camp je pense qu’il n’y a pas de regrets à avoir et que même les habitants du camp ne sont pas fâchés de partir. » Puis, serein : « Toutes celles et ceux qui appelleront le 115 auront une réponse. Voilà. »
Et sarcastique : « Je ne vous dis pas laquelle, parce que, je n’en sais rien. »

Ce mercredi midi, une seule famille était hébergée à l’hôtel, tout simplement parce que déjà hébergée par le 115. Ni la famille de la dame enceinte (avec de gros problèmes de santé) signalée par un citoyen sur place à monsieur Didier Leschi et son équipe, ni les autres n’ont eu accès à un relogement. Pas même la famille de la petite Mélissa morte dans l’incendie du terrain des Coquetiers et réfugiée sur ce terrain de La Folie n’aura été prise en charge. Ils auront dormi dehors cachés sous des broussailles du 93. Le travailleur social sur place ayant appelé le 115 et le CIAO urgence/famille de Paris avec les familles tout l’après-midi aura eu pour réponse que ces personnes n’étaient pas de Paris et que le 115 du 93 n’avait pas de place disponible, alors que la Drihl affirme avoir fait le nécessaire. Belles paroles et petits mensonges.

[Source : Paris s’éveille.]

Voir reportage photo Barbara Serré Becherini sur le site Parisseveille.info
A lire également l’article précédent sur le sujet Expulsions de terrain de Ivry à Bobigny

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La mairie communiste de Saint-Denis n’a pas peur de mettre les plus précaires à la rue !

In Analyses, Rroms on décembre 13, 2014 at 13:28

Un mois après l’expulsion du « Hangar » par arrêté municipal, confirmé par le tribunal administratif de Montreuil, Didier Paillard maire communiste, expulse encore, cette fois en plein mois de décembre ( le 12)  un terrain  abritant plus de 300 personnes. Autant de personnes précaires remises dans une situation particulièrement déplorable, à la rue ou avec quelques nuit d’hôtel en générale proposée loin de leur activité, de l’école, des solidarités… Des endroits où l’on refuse la composition familiale telle qu’elle est, demandant a un fils ( père de famille) d’abandonner sa mère que l’administration considère comme une célibataire et non comme une grand-mère, où l’on ne peut être autonome alimentairement puisque dans l’impossibilité de se faire à manger. Des chambres lugubres qui coûtent au passage de l’argent qui pourrait être mieux utiliser face à cette précarité dans laquelle se retrouvent de nombreuses familles.

Didier Paillard aurait retourner sa veste .

Quand on recherche sur internet  : « Saint-Denis expulsion,
l’on tombe en première occurrence sur la volonté des maire du 93 de ne pas appliquer
les arrêtés d’expulsion demandé par la préfecture … en 2011 :
« En mars 2011, au sortir de la trêve hivernale, douze Maires de Seine-Saint-Denis
(Blanc-Mesnil, Bobigny, Bondy, La Courneuve, Montreuil, Saint-Denis, Saint-Ouen,
Sevran, Stains, Tremblay-en-France, Villepinte, Villetaneuse) ont pris des arrêtés
déclarant leur commune « territoire anti-expulsion ». La mobilisation des villes
signataires, représentant plus d’un tiers de la population sequano-dyonisienne,
symbolisent leur volonté d’en finir avec la pratique des expulsions locatives,
qui est une atteinte manifeste à la dignité humaine. »

Que c’est-il passé depuis ?

Une élection présidentielle ?

Le passage de la droite à la gauche ?

Une élection municipale ?

Les communistes de Saint-Denis ont eu chaud, mais sont restés en place, d’aucuns disent « grâce » aux nouveaux votes des Roumains et Bulgares…

Le renouvellement urbain, qui fait son œuvre comme le souligne le texte parus dans Paris-Luttes info  qui recontextualise ces dernières expulsions :
Dans le cadre du repavement en granit chinois du quartier de la gare –
aussi appelé renouvellement urbain – ce qui inclut l’expulsion de
nombreux mal-logés déjà rackettés par les vendeurs de biens, marchands
de sommeil, bailleurs et promoteurs immobiliers avec la complicité du
service municipal d’urbanisme – la mairie de St-Denis a expulsé ce
vendredi 12 décembre un camp habité par 300 personnes. Rue
Charles-Michels. Et comme on ne change pas une méthode qui gagne, la
mairie l’a fait par le biais d’un arrêté municipal, pour la « sécurité »
des habitants.
Le 13 décembre une manifestation c’est déroulée à Saint-Denis :

Face aux loyers trop chers et face à la menace de l’expulsion
Résistons et manifestons tou­te­s ensemble !
Ensemble, on est plus fortEs !

Alors que la trêve hivernale, qui empêche l’expulsion des locataires
(mais pas des squats) [Note de Squat!net: c’est faux, la trêve hivernale
peut aussi profiter légalement aux occupant-e-s sans droit ni titre que
sont les habitant-e-s de squats ; cf. annexe 1 du guide « Le squat de A à
Z » pour plus de détails là-dessus…], a débuté le 1er novembre,
les expulsions se sont multipliées tout le mois d’octobre.
La Seine­-St­-Denis est devenue le laboratoire de la crise du logement,
de la rénovation urbaine et des expulsions systématiques et violentes.

Mais comment payer un loyer (35% d’augmentation depuis 2000) quand on
est précaire ou chomeur­-euse ?
Comment fournir des garanties pour le logement quand on est sans papiers ?
Comment vivre quand notre appartement s’écroule ou peut brûler pour un
rien ?
Comment travailler à l’école quand on dort la nuit dans un local­-poubelle ?
Comment garder la tête haute quand la menace d’expulsion plane ?
Comment rester en bonne santé quand son toit n’est que taule ?
Comment se mettre au chaud quand le 115 est en faillite et n’a plus de
proposition ?
Comment trouver des solutions quand même les assistantes sociales de la
ville se mettent en droit de retrait à cause de la pression hiérarchique
et de l’absence de moyens ?
Comment peut­-on laisser des enfants scolarisés dormir dehors le soir ?
Que l’on soit locataire, squatteur, petit propriétaire : face à la loi
du plus fort, ne restons pas isolé­Es. Nous ne sommes pas tou­TEs dans
le même bateau ! Si pour l’État, les grands propriétaires, les banques
et les mairies, le logement est source de pouvoir, d’argent et de
profit, pour nous, le plus grand nombre, cela rime avec galère et misère.

St­-Denis : y en a marre de la misère du logement
Des centaines de personnes sont à la rue, des milliers menacées
d’expulsion, des milliers encore vivent dans des logements insalubres et
dangereux.
Ne nous laissons pas faire, l’union fait la force. Occuper des
bâtiments, des logements, c’est se battre pour tou­TEs, en bloquant
l’augmentation des loyers, en empêchant que des logements restent vides,
ce qui maintient les loyers chers.
Les projets et travaux se multiplient pour transformer la ville. La
rénovation se fait à coups d’expulsions sans relogement dans la plupart
des cas. Elle n’est alors qu’un outil pour organiser la chasse aux pauvres.
Ne nous laissons pas diviser : l’insalubrité est devenue un prétexte
pour mettre les gens à la rue.

Pas d’enfants à la rue !

La précarité et la cherté des loyers mettent de plus en plus de familles
à la rue, qui dorment dans des boxes, des voitures, des caves… À
St-­Denis de nombreuses écoles sont concernées : des familles dont les
enfants sont scolarisés se battent avec le centre social autogéré
l’Attiéké pour un logement. À Lyon, 9 écoles sont occupées depuis le 20
novembre pour le relogement de familles à la rue, dont les enfants sont
scolarisés.

Seule la lutte paie :
des logements il y en a, par la lutte on les aura !

À St­-Denis :

­- des militant­Es et des personnes sans logement ont réquisitionné
l’ancienne Caisse primaire d’assurance maladie (31 bld Marcel Sembat) et
mis en place un centre social auto­-organisé. 30 personnes relogées !
– des habitant­Es de l’hôtel de l’Étoile d’Or, rue Ernest Renan, se
battent contre leur expulsion annoncée par la Soreqa (société mixte qui
rachète les immeubles insalubres pour après expulser les habitant­Es)
qui a acheté l’hôtel à l’ex­-propriétaire pour le démolir.
– des habitant­Es expulséEs, dont une dizaine d’enfants scolarisés,
occupent un bâtiment au 4 rue Bonnevide (France Habitation a demandé
l’expulsion sans délais). On attend toujours que la mairie tienne ses
engagements.
­- des parents d’élèves de l’école Jules Vallès – qui reste sans
centre de loisir – ont occupé un terrain de la Soreqa pour y installer
un centre et dénoncer le manque de professeurs en Seine­-St­-Denis.

Les expulsions de locations, de squats, de camps de roms, la chasse aux
sans-papiers, les manques de services scolaires sont différents visages
d’une même précarité : brisons l’isolement et les divisions pour une
solidarité directe entre tou­te­s !

Nous exigeons :

­- la RÉQUISITION des logements vides, la baisse des loyers et la
construction massive de logements réellement sociaux (PLAI : Prêt
Locatif Aidé d’Intégration)
­- un logement digne pour touTEs
– un engagement de la mairie de relogement immédiat pour les enfants
des écoles et leurs familles qui se retrouvent à la rue
– la régularisation de tous les sans­-papiers
­- l’arrêt des expulsions sans relogement (pour tout type
d’habitation), des fermetures de places d’hébergement, et des coupures
de fluides (eau, électricité, gaz).

Manifestation – Samedi 13 décembre, à 14h, métro Porte de Paris, à
Saint-Denis – Assemblée générale sur le logement en fin de manif

Télécharger le tract en PDF:
https://paris-luttes.info/chroot/mediaslibres/ml-paris/ml-paris/public_html/IMG/pdf/tract_logement_manif_13_decembre_1_.pdf

Centre social Attiéké, Collectif des habitantEs de l’Étoile d’Or,
Collectif du 4 rue Bonnevide, centre social « Francs-Tireurs » (La
Courneuve), Voix des Rroms.

L’annonce du pire, Grigny : « Nous vivons en 2014, en France, dans un pays monstrueux « 

In Analyses, Vos infos. on juillet 8, 2014 at 12:24

Nous suivons avec autant d’admiration qu’ils ont de détermination l’ambassade du PEROU et ses ambassadeur-rices.

Apres la bonne nouvelle de la décision de justice de Bobigny de débouter la mairie de Bobigny qui demandait l’expulsion des familles du terrain des coquetiers… On aimerait que justice continue et que la mairie de Grigny ne puisse expulser dans la légalité le terrain occupé et aménagé par les familles qui ont été précédemment expulsées de Ris-Orangis…

Ils ont fait appel vendredi de la décision de justice de décembre de les expulser…La mairie de Grigny osera-t- elle ne pas attendre la décision de justice ? et remmettre à la rue les enfants scolarisés, les parents avec des contrats de travaille etc etc… tout ce chemin parcouru… Alors que l’association d’habitants qui vient de se monter s’enagage à couvrir les frais de leur  » installation » !!

Voir le site du journal de l’ambassade

L’annonce du pire

Samedi matin, les représentants de l’Association de la Folie en Essonne, fondée la semaine dernière par les familles du bidonville de la Folie, étaient reçus en Mairie accompagnés de riverains du Collectif des Ambassadeurs des Roms. Sérieusement, la Mairie faisait valoir un argument majeur : détruire est une fatalité pour une collectivité sans le sou. Il a fallu répéter que l’expulsion coûte plus cher à la Mairie (la moitié des 320 000 euros à peu près, pour la remise en état du terrain), que ne coûte la stabilisation du bidonville et sa résorption progressive au fur et à mesure de réponses durables proposées aux familles. Il a fallu expliquer que le coût de projets d’insertion n’est par définition pas à la charge de la Mairie, mais de l’Etat et de l’Europe (les fonds sociaux européens prévus à cet effet sont utilisés en moyenne par les Etats membres à hauteur de 30%, la France étant l’un des Etats de l’Union les plus frileux à mobiliser ceux-ci). Il a fallu expliquer que les familles demandent depuis des mois de s’acquitter des charges inhérentes à la situation, notamment du règlement de la facture d’eau. C’est le sens d’une lettre envoyée dans la foulée à la Mairie, signée par les représentants de l’Association de la Folie, lettre publiée ci-dessous.

Au diable les explications rationnelles : nous apprenons ce soir que la Mairie n’entend que sa propre folie et engage le processus le plus désastreux qui soit, à savoir détruire le bidonville et tout ce qui a été mis en oeuvre depuis des mois avec les familles. Demain ou mardi matin, un huissier devrait transmettre aux familles la misérable nouvelle. CRS et pelleteuses dégageront tout ce qu’ils peuvent 48h plus tard, et nettoieront la Folie de la vie qui s’en était emparée. Depuis quelques semaines, la Mairie arguait d’un projet pour dix hypothétiques familles qu’elle promettait de sélectionner en vertu d’on ne sait quel obscur principe. Il ne s’agissait là que d’une rumeur faite pour endormir et diviser les familles ne sachant à quel saint se vouer : à l’heure où démarrent les pelleteuses, aucune espèce de dispositif n’est en place pour accueillir qui que ce soit, sinon quelques chambres d’hôtel sociaux souvent miteuses et nécessairement dispersées dans toute l’Île-de-France. Si tant est que les acteurs publics poursuivent cette vague idée une fois débarrassés du « problème », des mois et des mois seront encore nécessaires à la mise en oeuvre de telle réponse durable d’insertion telle que prévue par la circulaire du 26 août 2012. Par conséquent, 150 citoyens européens seront dans quelques heures purement et simplement chassées de Grigny par les forces de l’ordre françaises, y compris les personnes (une quinzaine) aujourd’hui employées qui ne pourront donc rejoindre leurs lieux de travail en raison de la détresse dans laquelle elles seront plongées.

Face à l’aveuglement et la surdité, les familles ont en urgence formé appel de l’ordonnance de référés rendue par le Tribunal de Grande Instance d’Evry du 13 décembre dernier prononçant leur expulsion. Devant la Cour d’Appel de Paris, cette procédure a été engagée vendredi, il y a 48 heures. Puisque les acteurs publics n’entendent pas respecter les textes, ni les lois, ni les principes fondamentaux, ni les circulaires, ils se passeront sans doute d’attendre que le juge se prononce sur cet appel. Nul doute pourtant que le juge entendra le plus élémentaire qui soit : que depuis le 13 décembre dernier, la situation est bouleversée, les familles inscrites dans de multiples processus d’insertion, leur avenir sur le chemin d’une manifeste éclaircie, et qu’il convient donc de sursoir à l’expulsion. Au diable la justice et l’avenir ! Les pelleteuses se chargeront cette semaine de remettre les compteurs à zéro, et d’enfoncer les familles dans la situation dans laquelle aucun acteur public, ou presque, ne semble enclin à les autoriser de sortir : l’errance, le dépit, la terreur.

Nous vivons en 2014, en France, dans un pays monstrueux où la raison est en sommeil comme l’évoquait mercredi dernier Geneviève Fraisse à l’occasion de cette fête extraordinaire que nous avons partagée sur le terrain de la Folie. Nous avons d’innombrables conclusion à tirer de cette expérience là, de lignes à écrire, dont les plus révoltées à envoyer à la figure des acteurs publics responsables du désastre à venir, élus hors la loi auquel nous avons été confrontés ces derniers mois. L’urgence n’est pas à cela, puisque c’est du quotidien dont il nous faut aujourd’hui nous soucier : soutenir chacun, mettre quelques affaires à l’abri, accompagner les familles on ne sait où. Et préparer, malgré tout, l’avenir avec ces familles qui se réinstalleront non loin de là, comme tout le monde s’en doute. Mais puisque les acteurs publics en question parcourent nerveusement ces lignes à chacune de leur parution, qu’ils sachent bien que nous ne cesserons de faire publicité de leurs actes d’une lâcheté certes banale par les temps qui courent mais ô combien détestable, de leur refus catégorique de coopérer depuis des mois avec nous tous qui n’avons cessé de nous rendre disponibles pour les accompagner, de leurs mensonges osés jusque devant les familles pour sauver les apparences d’une morale de laquelle ils ne cessent de se réclamer, de leur mépris de la loi de ce pays comme des personnes vivant sur leur territoire. Au PEROU, nous avons coutume de construire, de suivre les pentes vertueuses, et de ne pas perdre une seconde à manifester colère ou indignation sous quelque balcon que ce soit. Nous dérogerons à la règle quand le calme sera revenu sur le terrain de la Folie, afin que le calme ne se réinstalle pas trop vite chez les édiles ayant fait le choix de la déraison.

Ci-dessous, quelques images prises mercredi soir sous le ciel de la Folie : les regards étoilés d’enfants européens auxquels on raconte que leur vocation est de vivre éloignés.

 

 

Républicain mais pas trop, ou l’art de restreindre le droit de vote.

In Analyses, Vos infos. on avril 7, 2014 at 13:30

Il y en a que ça gêne que les Rroms deviennent des citoyens européens comme les autres… Il en est des particulièrement véhéments qui portent plainte contre le fait qu’ils aient votés (1),  notoirement des candidats étiqueté de gauche ! Au lieu de se réjouir en  » bon républicain » de l’accroissement des droits des autres, de « l’égalité  » à laquelle ils « accèdent » avec le droit de vote aux élections municipales et européennes : Ils cherchent des vis de procédures dans leurs inscriptions sur la liste complémentaire électorale sur laquelle est inscrit les européens vivant en France qui désirs voter aux municipales et aux européennes.

A Saint-Denis (93) c’était Mathieu Hanotin député PS, candidat à la municipalité : il fut débouté de sa plainte par le tribunal. Celui-là s’insurgeait contre le fait qu’il y ait des inscriptions groupées… mais sa plainte était de toute façon déposée trop tard. Soulignons qu’à Saint-Denis la polèmique à été d’abord initiée par le front national avant que d’être reprise à son compte par le député PS. Certains ont vu-là une malveillance de sa part, afin de stigmatiser encore les rroms et ce probablement à des fins électoralistes comptant peut-être recueillir les voix des électeurs non favorables à l’extension du droit de vote aux européens… A noté que personne ne parlent de Roumain ou de Bulgare, mais de roms… détails d’importance car c’est bien une certaine population que l’on veut stiglmatiser ainsi.

A Montreuil, hier, ( un peu tard aussi ?) c’est Jean-Pierre Brard, qui fut maire de la ville pendant 24 ans ( de 1984 à 2008) et avant cela conseillé municipal pendant 13 ans… Lui, affirme que les « rroms » ont donné de fausses adresses de résidences … Et qu’ils auraient été soutenus dans leurs démarches par des associations contre lesquelles il se rtourne. Ces associations qui viennent en soutiens aux familles et lutte pour que ces nouveaux migrants aient accès au droit commun.

Peut-être que l’ancien maire aurait préféré que surtout ils ne soient pas mis au courant de leurs nouveaux droits depuis janvier 2014, et que surtout personne ne leur apprennent les démarches à entreprendre, ce qui devrait être du ressort des services publics justement…

Mais monsieur Brard -ancien communiste- le droit de vote n’est pas un secret qu’il faudrait ne pas partager tout de même !

La circulaire de Valls n’y pas été pour rien non plus.

Le ministre de l’intérieur de l’époque : monsieur Valls a bien insisté auprès de l’acdministration pour que ne soient pas inscrit les sans domicile stable européens.

Car si la loi éléctorale de 2007 précise qu’il faut être domicilier dans la commune bien sûr, cette domicilitaion peut recouvrir plusieurs formes pour les nationaux dont : la domiciliation dans des associations habilité a domicilier ou au Centre d’action communal (CCAS). Mais, cela n’est pas pris en compte pour les européens du moins pas pour les élections municipales. Voilà ce que tenait à rappeler Valls dans sa circulaire : « Les dispositions applicables aux personnes sans domicile fixe ne sont pas applicables pour l’établissement des listes complémentaires en vue des élections municipales (l’article LO 227‑3 ne rendant pas applicable l’article L. 15‑1 qui a été introduit après le 26 mai 1998) mais le sont en revanche pour l’établissement des listes en vue des élections européennes ». 

C’est pour cela que les personnes inscrites au CCAS de  Villeurbanne n’ont pu se faire inscrire sur les listes électorales. Mais pour ce qui est des autres domiciliations elles sont valables et tout un chacun peut s’isncrire pour les éléctions municipales ou européenne.

Jean-Pierre Brard croyait bien « revenir » à la mairie de Montreuil, perdue  à moins de 500 voix et le voilà remettant en compte le vote de ces européens qu’il suppose n’avoir pas voté pour lui… A -t-il une  » chance » que le tribunal retienne la plainte ?

Colette Lepage présidente de l‘association Ecodrom, qui œuvre pour l’insertion des Roms par l’agriculture urbaine, rétorque que certains dossiers ont été refusés après une enquête du tribunal d’instance, en raison d’adresses administratives. «Mais les autres vivent dans des maisons et payent leur loyer: ils ont eu le droit de voter», dit-elle.

Peut-être que ces « hommes politiques » devraient réaliser que ces boucs émissaires de premières qualités -si utilent à masquer les vrais problèmes politiques tant nationaux que locaux – vont bientôt leurs faire défaut. Et qu’ils sont comme les autres prêts à voter pour une politique qui leur convient le plus. Comme le dit Gari de Saint Denis vivant en France depuis 1992 : « C’est un droit normal pour chaque citoyen européen. Je ne comprends pas que le député ait voulu nous l’interdire. Saint-Denis est habitué aux Roms, nous ne sommes pas un problème. La ville a d’autres soucis plus importants que nous, dans les hôpitaux, les écoles… »

Quant à la circulaire Valls elle rappelle que la loi n’est pas égale pour tous …

 

Collectif Contre la Xénophobie.

 (1) Les élections municipales de mars étaient les premières élections où les Roumains et Bulgare vivant en France pouvaient participer au vote. le fait d’être Rrom ou pas n’a bien sûr rien à voir… à part l’utilisation que l’on en fait.

« La France extrade une adolescente Rom », par Philippe Alain.

In Analyses on novembre 16, 2013 at 11:37
Le blog du collectif contre la xénophobie reproduit ci-dessous un article de Philippe Alain publié sur son blog de Médiapart, et nous vous invitons à consulter régulièrement sa page riche en informations critique et particulièrement dans la région de Lyon.
Merci à lui pour ce travail remarquable.

16 NOVEMBRE 2013

Mardi 12 novembre 2013, la France a extradé vers la Roumanie Bianca, une adolescente Rom tout juste âgée de 18 ans, dans la cadre d’un mandat d’arrêt européen. Condamnée à 3 ans et demi de prison pour un vol commis en Roumanie à l’âge de 15 ans, Bianca est aujourd’hui enfermée dans un prison Roumaine.

Jeudi 31 octobre, Bianca va se promener avec ses copines à Miribel, près de Lyon. Le lac de 350 hectares et les immenses espaces verts à 15 mn de Lyon lui permettent de s’échapper de la routine sordide du bidonville où elle vite avec sa famille. Elle et ses amis sont interpellés par la gendarmerie. Les longues robes colorées des jeunes filles ont probablement contribué à attirer l’attention de nos policiers perspicaces sur ce groupe de jeunes. Tout le monde est emmené au poste pour vérification d’identité puis relâché, sauf Bianca. Après une nuit en garde-à-vue, Bianca est transférée à la prison de Corbas où elle reste quelques jours avant d’être transférée à Fresnes. Une semaine plus tard, elle est extradée vers la Roumanie.

En 2010, Bianca a 15 ans. Elle est accusée de vol à l’étalage dans un magasin de Craiova. Elle est jugée et condamnée à 3 ans et demi de prison ferme. Un mandat d’arrêt européen est émis par la justice Roumaine. Arrêtée en novembre 2012, elle est jugée à Grenoble. Lors de l’audience de la cour d’appel de Grenoble, le juge affirme : « ces gens là ont vocation à retourner chez eux en Roumanie ». Tiens, un tribunal est donc une tribune politique où un juge peut propager sans vergogne les thèses nauséabondes d’extrême droite. La cour de cassation confirme ensuite la décision de la cour d’appel. Bianca reste libre, mais la machine est lancée. Malgré plusieurs vérification d’identité, Bianca n’est jamais inquiétée. Jusqu’au 31 octobre.

Aujourd’hui, Bianca croupit dans un prison roumaine. Ce beau pays réputé pour le traitement généreux qu’il applique à la minorité Rom. Les juges et les policiers Français sont heureux. Outre un bâton de plus sur les statistiques chères à Manuel Valls, ils ont appliqué les consignes du patron et du juge: «Ces gens là ont vocation à retourner en Roumanie »

Maria, 2 ans, la petite fille de Bianca, elle, pleure tous les soirs et demande où est sa maman.

Ta maman, Maria, elle est en prison parce qu’elle est Rom. La Roumanie est un pays qui persécute les Roms et inflige à une enfant âgée de 15 ans, 3 ans et demi de prison pour un vol. Ensuite, ta maman a choisi la France où le racisme contre les Roms est le fond de commerce des hommes politiques, de droite comme de gauche. Enfin, si ta maman n’avait pas été Rom, elle aurait certainement bénéficié de l’article 3 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant qui stipule que l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale dans toute décision de justice. Si ta maman n’avait pas été Rom, elle n’aurait probablement jamais été arrêté ce jeudi 31 octobre par des policiers qui appliquent la politique du chiffre. Si ta maman n’avait pas été Rom, elle aurait eu le droit d’aller à l’école puis au lycée et personne n’aurait laissé ce gouvernement raciste l’extrader en silence.

Les socialistes qui s’émeuvent à juste titre du racisme à l’encontre de Madame Taubira sont étrangement silencieux quand le racisme contre les Roms est érigé en doctrine officielle par le Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, qui fait lui-même l’objet d’une plainte pour incitation à la haine raciale. Cette indignation à géométrie variable est d’autant plus insupportable qu’elle est fortement teintée d’hypocrisie et d’opportunisme électoral.

[SOURCE : Philippe Alain/Médiapart,

Racisme envers Christiane Taubira : « La gauche est aussi responsable »

In Analyses on novembre 15, 2013 at 16:51

INTERVIEW – Alors que la une raciste du journal d’extrême droite Minute sur Christiane Taubira défraie la chronique, le sociologue Eric Fassin analyse pour metronews le climat qui y a mené.

Une ministre de la République comparée à un singe… Comment en est-on arrivé là ?
Le fait que l’extrême-droite mobilise un discours raciste n’est pas nouveau. La nouveauté, c’est sa légitimation dans la société par le discours politique. Depuis des années, nos gouvernants ont banalisé un discours oscillant entre la xénophobie et le racisme. C’était particulièrement vrai sous Nicolas Sarkozy : la droite chassait sur les terres de l’extrême droite en parlant d’identité nationale et d’immigration, des musulmans et des Roms. Ainsi s’est installée l’opposition systématique entre « eux » et « nous ».

Mais aujourd’hui c’est la gauche qui est au pouvoir : les esprits ne se devraient-ils pas être apaisés ?
A son tour, la gauche a chassé sur les terres de la droite, cédant le terrain idéologique. Pour la « gauche populaire », il faudrait ainsi choisir entre la défense des minorités sexuelles ou raciales et celle des classes populaires. Autant dire que les Noirs, les homosexuels et les musulmans (voire les femmes) ne font pas partie du peuple ! Et puis, il y a le discours de Manuel Valls sur les Roms : hier encore, la gauche l’aurait taxé de racisme. Aujourd’hui, ce ministre s’indigne, comme si le racisme sophistiqué n’avait rien à voir avec le racisme vulgaire… Le gouvernement a tardé à soutenir Christiane Taubira ; mais aujourd’hui, il tente de se refaire une virginité sur son dos, comme s’il n’avait aucune responsabilité dans cette dérive raciste !

Comment ce discours s’est-il cristallisé sur la personne de Christiane Taubira ?
Avant la loi Taubira sur le mariage pour tous, il y a eu la loi Taubira de 2001 sur la traite et l’esclavage, reconnus comme crimes contre l’humanité. Elle incarne donc un idéal de gauche décomplexée, au moment où la gauche complexée qui est au pouvoir s’incline devant la droitisation de Manuel Valls, censé répondre aux inquiétudes sécuritaires et identitaires en jouant le « riverain » contre le « bobo ». Minute ne s’y était pas trompé, fin août, avec une couverture prenant parti contre elle : « Vas-y Manuel, mords-y l’œil ! »

L’homophobie qui s’est libérée durant le débat sur le mariage pour tous a-t-elle préparé le terrain au racisme ?
Effectivement, on assiste aujourd’hui à une convergence de toutes les « phobies » (homophobie et xénophobie, racisme et sexisme…). Ce n’est pas un hasard si Christiane Taubira en est la victime : pendant le débat sur le mariage pour tous, elle n’a pas hésité à faire le rapprochement avec son autre combat – contre l’esclavage. Pour les racistes et homophobes, elle est l’ennemie principale !

Avec cette parole libérée, les racistes et les homophobes ont-ils gagné?
Les droits des homosexuels avancent ; les homophobes ont donc perdu la bataille, d’où leur exaspération. En revanche, les racistes se portent bien : leur discours est légitimé au plus haut niveau. Reste, pour ne pas sombrer dans le désespoir, que le fait majeur, c’est qu’une femme noire est ministre ; seule l’extrême droite ose le déplorer. Certes, il y a les attaques racistes, mais elles font scandale. Bref, comme le reconnaît la Une de Minute, c’est Christiane Taubiraqui a gagné : elle restera dans l’Histoire. Quant à ses détracteurs racistes, ils sont voués aux poubelles de l’Histoire…

* Auteur de Démocratie précaire, chroniques de la déraison d’État, aux éditions la Découverte.

Eric Fassin interviewé par Metronews

Une manifestation sans retombée médiatique

In Analyses on mai 29, 2013 at 15:04

Un milliers de personnes parcourraient les rues des ministères ; de la place Saint -Michel au conseil de l’Europe en passant par Matignon, nous avons déambulé.

De nombreux rroms des platz d’Ile-de -France : d’Essonne, de Seine Saint-Denis ont criés leur volontés d’être respectés, que leurs enfants soient scolarisé  comme n’importent quels autres et que l’état français arrête de raser sans solutions leur modeste habitations. Les voisins étaient là aussi, plus timide mais solidaires. Les maliens à la rue de Montreuil venus en clamer leur soutiens, le 9eme collectif de sans-papiers se sont associés aux rroms et aux organisateurs.

Des photographes, des radios associatives, mais très peu relayé dans la presse; des photos ici

Pourquoi?

Depuis plusieurs mois on a l’impression que la presse est muselée, elle ne rend pas compte des mouvements sociaux et notamment des mouvements des étrangers. Est-ce à dire que quand le PS est au pouvoir on ne parle pas de ces choses là ?  Depuis des mois le 9e collectif de sans papiers est empêché de manifester et se trouve encerclé par un nombre impressionnant et disproportionné de car de crs. Déjà,  les organisations militantes proche du PS sont davantage frileuses et refusent d’attaquer frontalement le gouvernement.

Ce serait quand la gauche est au pouvoir que les plus précaires sont les moins soutenus. Un relâchement s’opère, un soulagement? On aimerait que ce soit parce que la gauche apporte des avancées sociales, mais telle n’est pas le cas.Qu’est-ce à dire que leur soutien n’est qu’un soutien de façade, un simple alibi contre la droite ?

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Expulsés tous les jours… Montreuil, Laissez-nous vivre!

In Analyses, Vos infos. on mai 20, 2013 at 17:22

Apres avoir été expulsés de la friche rue de Paris à Montreuil, les familles rroms n’ont pas disparues pour autant, elles cherchent chaque nuits un endroit pour dormir. mercredi dernier, le 8 mai elles se faisait encore dégagées d’un terrain .

 

Photos 1/2 : Déploiement policier en train de chasser sur ordre du préfet Lambert les familles rroms expulsées la semaine dernière du terrain de la friche rue de Paris qui cherchaient à se réfugier sur un autre terrain, comme tous les soirs depuis une semaine .

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Photo 3 :  policiers en civile .

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photos 4 : Ici c’est la « Tranquillité publique » de Montreuil avec son chef monsieur Hochard et son bras droit .

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photos 5 : la « tranquillité publique »de Montreuil au repos…

Nous rappelons a chacun et chacune de ne pas céder a la pression policière qui tente l’intimidation afin d’empêcher les témoignages et notamment les photos. Il est totalement légal pour quiconque de les prendre en photos dans l’exercice de leur fonction.

Rromophobie, stéréotypes et déni d’identité dans les milieux académiques

In Analyses on février 17, 2011 at 23:33

Par Sarah Carmona

 

J’ai été aujourd’hui invité à participer à ce séminaire pour vous parler de l’anti tsiganisme et de la xénophobie anti rrom en Europe. C’est un large programme qui, je vous l’avoue, n’est en rien mon thème de prédilection, du moins en tant que chercheur et universitaire. Si le racisme est une réalité mordante et destructrice, une réalité qui a pu être la mienne directement ou pas, c’est en lui-même un thème que je me refuse de creuser quant à un descriptif de ses manifestations (je ne suis ni sociologue, ni anthropologue, ni socio psychologue). Je pourrais m’y intéresser d’un point de vue historiographique mais quant je m’y suis attelée cela à toujours été pour servir une autre cause.

Au risque de vous choquer, si je ne suis en rien une théoricienne des manifestations d’anti tsiganisme en Europe, c’est d’abord par principe. Attention, l’anti tsiganisme existe et ceci à tous les niveaux dans la rue comme dans les sphères intellectuelles. Et j’ai la certitude que, tous les jours un Rrom meurt du fait de son appartenance ethnique (aux mains d’un neo nazi, dans l’incendie d’un terrain, dans un hôpital pour ne pas avoir été traité correctement, dans un camp de refugiés contaminé du Kosovo, de l’héroïne dans un bidonville de Madrid, ou de ses propres mains comme c’est le cas en ce moment en Angleterre). Mais si je vous parle de principe, donc, c’est parce que, en tant qu’historienne je suis consciente du danger que suppose le fait de n’être qu’un « homo victimus ».

Comme vous le savez, le racisme est un monstre aux multiples visages et je me cantonnerais donc à vous parler de celui que je côtois tous les jours en tant qu’historienne, d’une manifestation savante du racisme qui est d’autant plus pernicieuse qu’elle ne sens pas vraiment le souffre, ne porte pas de botte para militaires, ne profèrent pas d’injures directes mais qui n’en est pas moins mortifère, si ce n’est bien plus. J’évoquerai donc très succinctement comment une certaine étude de l’histoire et de la culture rrom peut avoir des conséquences désastreuses sur la perception que l’on a de celui-ci ainsi que dans son auto identification même. Je tenterai donc de vous expliquer comment une la lecture ou plutôt l’interprétation institutionnalisée (un déni de voir, de vérité ou d’ouverture) de notre histoire, notre culture et notre cosmogonie peut être l’instrument et/ou la conséquence de l’anti tsiganisme intellectuel.

Afin de mieux comprendre quel est l’enjeu des sciences sociales, de l’histoire, et de sa diffusion dans le contexte rrom, ne perdez jamais d’esprit que les canaux de diffusion du savoir scolaire, académique pour les Rroms en Europe sont très limités et que l’éducation, le matériel même, l’essence, la matrice de la connaissance n’est pas aux mains de ses sujets (les Rroms et ses nombreux pédagogues) mais dans celles d’institutions européennes, qui depuis maintenant plus de deux générations conçoivent, dessinent la manière et les contenus du savoir pour les Rroms.  Le peuple Rrom est, en un sens, le seul en Europe à ne pas pouvoir disposer de soi même. Si l’école assoie les bases du système cognitif de l’élève, celui-ci se trouve donc entre les mains d’un nombre réduit de personne assis dans des bureaux strasbourgeois, qui sont malheureusement bien ignorants du sentir rromani. Imaginez un instant que les programmes scolaires français soient élaborés par des commissions d’éducation américaines…

J’essayerai donc de vous faire comprendre comment une histoire lue/pensée/ réfléchie, intentionnellement ou non depuis le prisme du stéréotype peut avoir un effet désastreux tant sur le propre objet de réflexion (dans ce cas le peuple Rrom) comme sur la société majoritaire. Pour cela nous travaillerons sur deux stéréotypes basiques transmit par l’historiographie et les « Rromologues  » en général et qui ont intégré l’imaginaire de la société majoritaire jusqu’à s’immiscer dans la propre perception que les Rroms ont d’eux même.

1-Le premier est l’image du Rrom et de son peuple comme « fils du vent ».

2-Le second est celui du Rrom comme individualité appartenant à groupe social et non pas à un peuple.

Ces deux présupposés qui dans le fond sont très différents (dans leur conception de ce qu’est un Rrom), le premier étant la conséquence d’une vision romantique, le second d’un déni d’identité, en un relent négationniste nous proposent une interprétation totalement erronée d’un matériel historique concret, existant.  Cependant, ils ont les mêmes effets et conséquences sur l’écriture de l’histoire rrom et sa compréhension. A l’image de ces trois petits singes japonais, l’un sourd, l’autre aveugle et le dernier muet, il semblerait que les chercheurs (ou pseudo chercheurs) fassent fi d’une série d’indices qui iraient contre leurs théories. Enfin, nous verrons concrètement comment ses erreurs/manipulations/interprétations/aveuglement ont des conséquences concrètes sur le peuple rrom, son affirmation, et son émancipation (il faut comprendre ici émancipation comme un affranchissement et non pas comme un développement, j’ai souvent entendu cette traduction lors de conférence sur les rroms ce qui est assez significatif de l’état d’esprit de certain).

Ces messages ont donc des conséquences sur le rapport que nous avons avec notre propre identité, de ce que nous sommes et de comment nous nous percevons, c’est ce qui s’appelle en psychologie sociale le syndrome de Pygmalion. Ils ont également des conséquences sur notre « mémoire historique » qu’elle soit individuelle ou sociétale, ainsi que sur notre « construction identitaire nationale », en d’autres thermes, sur notre réveil politique.

Ces lectures erronées, orientées s’attaquent donc à l’individualité, au groupe (l’ « endaya » en rromani) et au supra national rongeant ainsi, comme un virus,  l’encrage du peuple, c’est-à-dire son histoire et son idiosyncrasie.

La mémoire est orientée, mise sur rails. L’histoire est racontée, imposée. Elle n’est pas passée sous le crible du discours critique. Elle sert un but, une idéologie ; ou quant elle est dépourvue de mauvaise intention, elle est ethnocentriste, « gadji-centriste » donc erronée.

Il est vrai que l’une des grandes difficultés de l’historien consiste à faire gage de neutralité, d’aborder un discours critique sur le passé. Etre historien c’est d’abord opérer une reconstruction des faits et des événements qui se sont déroulés, visant à un examen contextuel et une interprétation de ces derniers. Bien évidement, l’interprétation se fait toujours depuis une certaine subjectivité, celle de l’individu, de son bagage. Mais il faut avoir une attitude consciente, une objectivité maximale. L’objectivité absolue n’existe pas mais une série de condition à l’étude de l’histoire est nécessaire et basique et peut être résumée en ces quelques mots : contextualisation, historicisme, comparaison, et conceptualisation. Ce qui n’est absolument pas présent des l’historiographie du domaine rromani. On dirait quelques fois que dans le domaine de la recherche en études rromani, l’amateurisme est de mise.  Le manque d’excellence semble permis, comme si d’une faveur il s’agissait ou bien comme si la matière ne méritait même pas l’exigence de l’éthique professionnelle. Le « rromologue » a toujours eu droit à la médiocrité ou à outre passer, à faire fis des règles les plus élémentaires en matière de professionnalisme scientifique.

L’histoire ne peut donc pas se réduire à une activité narratrice unique, participant de ce fait d’une élaboration subjective et imaginative et pourtant c’est souvent le cas dans la sphère de l’historiographie rromanie. Il ne s’agit pas de dire une vérité, la vérité absolue n’existe pas en histoire, ce n’est pas de la géométrie, mais de d’éviter les lectures épistémologiquement fausse.

Prenons par exemple mon champ de travail. Actuellement, je travaille sur l’histoire militaire des Rroms. Cela vous étonne n’est ce pas. N’y a-t-il pas une chose plus incongrue que celle-ci ? Etudiez l’histoire militaire de ce peuple pacifiste, qui sur des chemins de campagne, cheveux au vent, s’occupaient de leurs chevaux, faisait de la vannerie, affutait leurs couteaux tout juste forgés sur les pierres des rives de ruisseaux d’eau claire, en fredonnant des airs qui faisaient « tiriquitran tran tran » !

J’ai une autre version, si vous le voulez, celle qui correspond au deuxième stéréotype…comment, ce groupe de cas sociaux qui ne connait ni Dieu ni Maitre qui n’a aucun sens de la rigueur, dépourvu de conscience politique ni même de valeur, ni ne constitue un peuple car ils n’ont pas de mémoire ni de véritable langue, ces rebuts de la société…peuvent ils avoir une histoire militaire ?!

Et bien oui, et depuis le début. Depuis l’Inde jusqu’au conflit les plus récents. Cette histoire militaire  peut d’ailleurs en quelque sorte constituer un marqueur identitaire de ce peuple. Je peux vous donner quelques dizaines de références d’archives nationales, municipales française, espagnoles, hollandaises, allemandes, italiennes et autres qui illustrent mon propos durant la fin du bas moyen âge, la renaissance et l’époque moderne. Sans parler bien avant, des chroniques orientales (ghaznavide, turc, arménienne…). On pourrait également citer des éléments linguistiques. En rromani, de nombreux mots appartenant au champ lexical des activités militaires sont d’origines sanskrites et perses, des éléments anthropologiques ou culturels. Nos métiers traditionnels, tel que la forge, le maquignonnage, la musique, ne peuvent ils pas être compris comme des réminiscences de ces savoirs faire caractéristiques et inhérents au bon fonctionnement des armées d’époque médiévale et moderne ? Il me faut d’ailleurs souligner que je n’ai pas trouvé ces documents d’archives, la plupart était déjà référenciée par des historiens de renom, piliers de l’historiographie rromani (Bataillard, Vaux de Foletier, Soulis, Sanchez Ortega, Gomez Alfaro…). Je n’ai plus eu qu’à tisser des liens.

Pourquoi donc nier ses connections logiques, louper l’indice qui ramène à la source d’un savoir et à une proposition critique ? Quelles auraient été les conséquences d’une interprétation critique de l’histoire au travers de ces sources ? Elle aurait été toute autre. Plus stimulante, plus nuancée et peut être même plus juste. Pourquoi ne pas s’attarder sur le bagage militaire légué par les Rajputs au Proto Rroms,  les Ghulams des armées ghaznavides, les les esclaves militaires et mercenaires des armées seldjoukides. En Europe, les troupes de bohémiens conduites tantôt par des ducs et des contes tantôt par des capitaines étaient demandées connues pour leurs aptitudes à la guerre et nombre de documents d’archives attestent de la participation des Rroms aux guerres du moment.

En France par exemple (mais vous pouvez appliquer ce phénomène à toute le continent européen), entre le début du XVI ème et la première moitié du XVII ème, les Rroms français, les « compagnies bohémiennes », participent de « l’entreprise de guerre » par le service des armes et le patronage royal et seigneurial, à une époque où le roi comme la noblesse tentaient par tous les moyens de recruter et de fixer leurs armées. A partir du règne de François I jusqu’à celui de Henri IV mais également pendant les troubles de la Frondes, les « Compagnies de Bohesmes » furent agrégées aux armées par licences du roi ou d’autres autorités. Je vous citerai quelques noms afin de « mettre en chair » ces oubliés : le capitaine La Chesnaye, Charles Dodo, le Capitaine la Gallére, François Roverle, le capitaine Robert, el capitan Quiros, les Frères Losada, les familles Berenguer et Noguera….

Les Rroms n’ont pas été systématiquement persécutés comme des « mauvais pauvres par les Etats européens. Ces compagnies pouvaient assurer directement le service du roi et Henri IV remercia le capitaine Charles d’avoir envoyés 400 Egyptiens au siège de St Jean d’Angély. Ces compagnies étaient également recrutées par les seigneurs pour des raisons politiques ou fiscales. Les Rroms demeurèrent fidèles à leur protecteur noble ou au roi. Leurs réseaux familiaux étaient en quelque sorte calés sur les alliances lignagères de leurs protecteurs. Il est d’ailleurs facile de remarquer comment nombre d’édits royaux et autres prises de position officielles contre les Rroms en Europe ont pour réelle intention de déstabiliser ses compagnies militaires à des moments où ces forces mercenaires pourraient porter préjudices au monarque.

Il en fut de même en Espagne où de la Reconquête chrétienne jusqu’au Guerre de Flandres, de succession, en Italie, aux Pays Bas, en Allemagne, ect

Comme le souligne très justement Emmanuel Filhol, « s’il est vrai que les Rroms furent poursuivis sans relâche quand les prescriptions monarchiques ont disposé du soutien des parlements et de la diligence des magistrats, ils ont été aussi appelés, protégés, leurs enfants parrainés par la plus haute noblesse du temps. Au tournant du XVII ème, cette connivence fut mise à mal par le repli des autonomies seigneuriales et la fin des troubles civils, mais elle avait suffisamment infiltré le système esthétique de la civilisation baroque pour perdurer tout au long su XVIII siècle et au-delà »

Une multitude de documents, archives et autres attestent de cette situation : laisser passer avec autorisation de port d’armes, des remerciements, des exemptions de limitation des décrets en vigueur contre les rroms, ect…

Pourquoi ne pas parler d’événements plus récents comme la participation dans la Résistance de Rroms, Gitans, Manouches sur tous les fronts contre le nazisme ou la dictature franquiste que ce soit en France, en Espagne, en Russie, en Ex Yougoslavie, en Pologne, au Pays Bas ? La documentation est là, et dans les cas les plus contemporains les acteurs même encore vivant.

Comme vous le savez surement, la cristallisation politique d’une identité nationale requiert plusieurs ingrédients mais sans aucun doute ses axiomes fondamentaux sont la langue et l’histoire. Toute deux sont fondamentales, tant pour celui qui en est au cœur comme pour celui qui, à l’extérieur le contemple et lui donne une légitimité de fait. Si toute nation est une élaboration imaginaire, sa langue, son histoire, une construction, il en est ainsi pour toutes les nations politiquement et institutionnellement auto proclamées puis reconnues. La nation rromani, dans son acceptation politique, comme peuple sans territoire compact ou peuple trans national, connait depuis maintenant ( 3 générations),  plus d’un demi siècle un processus de cristallisation politique. Le Rromanipen (le sentiment d’appartenance au peuple rrom, un peuple riche de sa pluralité, sans aucun doute celui qui se doit de mieux comprendre ce que signifie l’unité dans la diversité ou la diversité comme harmonie) s’ancre dans le politique. Il transpose ce sentiment rromani aux besoins de la conceptualisation gadjikani et politique  de toute revendication nationale. Ce qui était de l’ordre de la connaissance, d’un sentir plus ou moins clair et formulé emprunts de nombreux éléments intuitifs mais fondamentaux pour ce peuple se formulent et se conceptualise en termes politiques contemporains.

L’objet de mon intervention n’étant pas l’émergence ou le développement du nationalisme politique rrom, je ne m’attarderai pas mais il est cependant important d’en souligner la principale caractéristique, son caractère transfrontalier donc original pour une conception classique et archétypale de l’émergence des nationalismes. Le terreau nécessaire à l’émergence des nationalismes modernes et contemporains n’est en rien celui de la réalité rromani. En effet, il faut un certain nombre d’ingrédients en présence pour que germe la graine du nationalisme. Pour n’en citer que quelques un, il faut  que s’opère un déclin de la conception d’une langue/écriture comprise comme un instrument de connaissance d’une vérité ontologique (latin, Arabe). Il faut que cesse la conviction que la société est organisée autour et ou en dessous d’un centre éminent (souverain ou autre), Il faut que le peuple se démarque d’une conception de temporalité dans laquelle cosmogonie et histoire se confondent. A cela doivent s’ajouter un changement économique, des découvertes scientifiques ainsi que l’avènement d’un puissant vecteur de communication.  Or le rapport du peuple rrom avec sa langue et avec son histoire  n’est en rien religieux. Sa société est holistique (On ne peut comprendre la nation rrom que si la considère et l’appréhende dans son ensemble. Et il n’y a pas d’entité supérieure humaine qui détermine la réalité du peuple).

Il est donc évident que le modèle euro centriste du XVIIIème siècle ainsi que ses dérivés colonialistes et post colonialiste ne peuvent en rien être appliqué à l’émergence du nationalisme rrom. Cependant, le dédain ou la condescendance (dans le meilleur des cas) avec lesquels est comprise l’émergence d’un nationalisme politique rrom est une autre marque de tsiganophobie du fait de l’incapacité ou du  manque de   volonté à faire face à une autre réalité, à une altérité conceptuelle depuis une tout autre perspective.

L’histoire comme la politique et plus généralement les sciences sociales écrites depuis cette perspectives gadjikani-centristes ont façonné une image du peuple Rrom qui, premièrement n’est pas la bonne (car elle n’est ni critique et très ethnocentriste), deuxièmement a eu l’effet pervers d’être assimilé par les propres rroms. En guise d’exemple, il suffira de mentionner deux de ces assimilations. La première, dans un contexte purement français, met en cause la dénomination administrative de « gens du voyage » qui a été totalement digéré et assimilé par les Rroms français. Un classement administratif a pris le dessus sur l’appartenance ethnique. Le nom d’un peuple s’est vu substitué par une catégorisation arbitraire.

Le deuxième cas d’assimilation d’une erreur d’interprétation de l’histoire par les propres Rroms est celle de  la facilité avec laquelle ces derniers expliquent les persécutions qu’ils ont subi et l’anti tsiganisme actuel, faisant montre d’un déterminisme affligeant invoquant le caractère pacifiste, presque naturel de leur histoire et culture. Contre vérité désastreuse, comme nous l’avons mentionné ultérieurement et diffusée par l’historiographie.

Le rapport que les Rroms intellectuels ont à la mémoire est malheureusement également influencé par une interprétation et une diffusion normative de l‘histoire et la culture rromani imposées par la société majoritaire. Il faut cependant reconnaitre que depuis près d’une 15 d’années maintenant, les intellectuels et chercheurs rroms se sont emparés de l’écriture de l’histoire de leur peuple. Cependant, cet événement  décisif est apparu au même moment où c’est fait prépondérante la conception d’une histoire mémorielle et non plus critique. Malheureusement, cette pensée globale de l’histoire a fait glisser cet élan vers les pentes infructueuses voir dangereuses d’une écriture de l’histoire souffrante et mémorielle.

En effet, la souffrance instaure des victimes et être victime se constitue facilement en une posture morale réconfortante. Peu à peu, le risque s’installe de créer une identité fondée sur la « victimité ». Et c’est l’avènement du dolorisme. La mémoire de la souffrance se tisse et s’impose à l’histoire. L’émotion prime sur la compréhension. Les souffrances deviennent des liens, des ciments identitaires. La souffrance devient édifiante et prends le dessus sur les éléments fondamentaux qui constituent l’idiosyncrasie du peuple. Les Rroms ne sont plus que l’objet de persécutions historiques et même lorsqu’une approche positive des Rroms, dans les médias par exemple, est proposée, la référence à « l’histoire lacrymale » se doit d’être mentionnée.

Dans le cas des Juifs par exemple, il existe une histoire souffrante traditionnelle (célébration du jour des lamentations et des pleurs, cérémonies, prières et poèmes qui mettent en lien de manière transhistorique les persécutions passées). Cette « histoire souffrante traditionnelle et l’histoire lacrymale qui la prolonge ont créé la condition d’une mémoire victimaire »[2]. Dans ce cas, comme pour les Rroms, l’absence d’une véritable histoire écrite a joué un rôle déterminant dans la monopolisation par la mémoire de l’histoire souffrante. Cependant, la réalité rromani n’est pas tout à fait la même car il n’existe pas d’histoire souffrante traditionnelle de la portée et de l’ampleur de celle des Juifs. Dans le cas rromani, les bases de cette histoire lacrymale ont été posées par les « romologues » et autres spécialistes de la culture et de l’histoire rromani. Cette histoire souffrante traditionnelle est une élaboration. Elle est exogène et n’est pas portée par la culture et le système de transmission des Rroms. Mais à force de rabâchage elle a été assimilé, accepté, faite sienne par l’ensemble des Rroms et parfois même par ses élites, ayant par la même un effet néfaste sur l’interprétation de l’histoire d’une part et sur la compréhension de la place du Rrom dans la société de l’autre.

Enfermer les Rroms et le peuple rromani dans ce regard victimaire les met en dehors de l’histoire, en font des archétypes de victime. Ce positionnement est une négation de leur essence, de leur rôle d’acteur de l’histoire et de leur participation positive à la civilisation. Le pathos domine la connaissance. Et c’est d’histoire dont a besoin un peuple et non d’émotions souvent furtives, exigeant sans cesse d’être renouvelées avec toujours plus d’intensité.

L’histoire des Rroms presque millénaire se résume à une série de persécutions, chacun les siennes selon les pays d’origine, persécutions qui trouvent leur climax avec le génocide perpétué par les nazis. Toute l’histoire d’un peuple semble se résumer à cela ne laissant pas la place à un discours plus nuancé. Rroms et gadjé n’accèdent à la connaissance du peuple rromani que par l’intermédiaire des persécutions, de l’esclavage et du génocide plutôt que par leur longue présence sur le continent et leurs contributions encore de nos jours à la vie de leurs pays respectifs et de l’Europe dans son ensemble.

N’est ce pas là la pire des ignominies, la meilleure manière d’anéantir un peuple, le culturocide moderne ?

 

Paris, 14 février 2011

 

Dehors les Gitans !

In Analyses on août 23, 2010 at 22:28

« Les gitans ? Les tanges ? Les Roms ? Les Gens du voyage ? Des parasites ! Des nuisibles ! Sarko y fait s’ki fo ! Ouste les romanos ! »

C’est vrai que les gitans n’ont pas la côte. Et ça date pas d’aujourd’hui. Sans tomber dans la démago ou le cliché parano, juste ces dernières décennies, genre 39/45, au 20ème siècle et pour ceux qui ont la mémoire courte, sachez que l’État français a concentré, déporté, raflé, interné les nomades, pour la majorité d’entre eux français depuis plusieurs générations et, qui plus est, d’une façon plus que zélée, juste pour plaire à l’occupant.

Aujourd’hui au 21ème siècle ça continue : schémas départementaux relatifs à l’accueil des Gens du voyage dénoncés, annulés, stoppés, villages d’insertion surveillés (gardés), chasse aux tsiganes officiellement ouverte depuis juillet 2010, avec obligation de rendement : 300 camps de Roms/Gens du voyage doivent être démantelés selon les ordres du président Sarkozy – dans des communes hors-la-loi faute d’avoir une aire d’accueil pour les nomades.

Une épuration ethno-sociale ? Une chasse aux indésirables ancestraux ? Un contrefeu pour faire oublier pendant la période estivale les autres « affaires brûlantes » liés au pouvoir en place (Bettencourt, les retraites, Woerth, …), d’où le zélé « Hortefeux » (sans jeu de mots) pour solutionner la question « gitane»?

À moins que les campagnes électorales ne soient déjà commencées. Là, on annonce les couleurs : la droite fait ses commissions dans l’extrême droite, la gauche s’intéresse enfin aux conditions des Gens du voyages, de temps en temps à celle des roms, et les Verts, verts de honte… chacun se positionnant histoire d’être devant les feux de la rampe.

On n’y crois pas.

« je possède une grosse cylindrée. Suis-je suspect ? »

Depuis le maréchal Pétain, depuis la fin de la seconde guerre mondiale – mai 1945 – sauf pour les nomades gitans/français pour la plupart – rappelons-le – libérés des camps de concentration/internement en juin 1946, date à laquelle on a qu’il était bon de libérer les « nomades », rien n’a vraiment changé : il faut qu’en période de crise  quelqu’un paye l’addition. Il y a eu les protestants, les juifs, les sarrasins, les gitans, encore les juifs, les sarrasins devenus « arabes », les gitans, encore les juifs et les gitans. Maintenant, c’est les Gens du voyage, les Roms, les français d’origine étrangère (un peu sarrasins), mode oblige.

Dans l’inconscient collectif ce sont « ces gens là » qui foutent la merde, qui, toujours dans cette mélasse culturelle populo-colonialiste, sont désignés ethniquement et originellement, délinquants et fouteurs de merde. Normal, « c’est pas des gens comme nous, c’est pas des gens civilisés » entendrons-nous. Coupable donc des maux les plus vils.

L’affaire Dreyffus jouée et rejouée sans cesse… Toujours à l’affiche. Depuis, ça se bouscule au portillon de la grande France celtogoth-judéo-chrétienne propre : les leaders ne manquent pas. Les idées non plus, jamais de pénurie de ce coté là.

Un retour en arrière ? Faut-il cloner Jeanne d’Arc ? Faut-il réveiller le Django Reinhardt qui sommeille au fond de chacun d’entre-nous ?

C’est que ça dérape grave.

Où est passé le pays des droits de l’homme, des libertés et de l’égalité (sauf pour les gitans qui bénéficient en France d’un traitement administratif et social discriminatoire) ? Ou est passé le pays de la fraternité (sauf pour les gitans que personne ne veut comme voisin, comme riverain) ?

Ce qui est sur, c’est qu’on glisse de plus en plus.

– Obligation pour les Gens du voyage de se soumettre à un contrôle judiciaire ? C’est déjà fait grâce à la législation du carnet de circulation, digne héritier du carnet anthropométrique, obligatoire pour les «nomades français ».

– Obligation de démontrer sa citoyenneté quand on est nomade ? Déjà fait aussi : il faut être « rattaché » à une commune depuis au moins 3 ans quand on est nomade pour pouvoir jouir de ses droits civiques.

À qui le tour ?

Suspension de la nationalité française ? Nationalité française « à point » comme le permis de conduire avec obligation de stage pour récupérer un ou deux points, histoire de pas être trop en marge? Chasse au chomeurs, au RSAïstes (anciens RMIstes) ? Ça ressemble à une campagne électorale de je ne sais quel candidat. (À moins que cela ne soit…) Mais bien sûr, on est en période de crise. Tout s’explique.

De foie pour certains, de rire pour d’autres, la crise n’est pas forcément la même pour tous le monde et ne possède pas forcément la même intensité de douleur. Certains y perdent leur dignité, leur humanité, leurs enfants, leurs domicile, leurs espoirs, d’autres y gagnent leur notoriété, la popularité, des voix électorales, un train de vie certain.

Certains y voient même un début d’une nouvelle solution « finale » bénéfique contre ceux qui, selon eux, parasitent la France. Moi j’y vois du marron, couleur des idées politiques d’aujourd’hui, j’y vois des mouches à merde porteuses d’un non avenir pour nous les citoyens-voyageurs, Gens du voyage, gitans de France.

Allons enfants de la Patrie….

Gabi Jimenez

Désigné parasite de la société française.