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Témoignage du mediateur scolaire du bidonville de La folie à Bobigny.

In contre la xenophobie on juillet 26, 2015 at 12:30

Témoignage de Baptiste PASCAL D’AUDAUX, qui raconte la journée du 21 Juillet. Médiateur scolaire à l’ASET 93, l’auteur de ce récit tient à préciser clairement que ce témoignage n’engage que sa personne. 

bidonville La folie Bobigny / Expulsion/ Photo: BSB

bidonville La folie Bobigny / Expulsion/ Photo: BSB

Le tribunal de grande instance de Bobigny a ordonné le 1er décembre 2014 l’évacuation du bidonville de la Folie à Bobigny, en donnant un délai jusqu’à la fin de l’année scolaire.

A partir d’une semaine avant l’expulsion la police est passée tous les jours sur le terrain pour prévenir les familles de l’expulsion prévue le mardi 21 Juillet au matin.

Lundi 20

J’étais présent et ai pu échanger avec les policiers demandant aux familles de faire leurs bagages, les prévenant que le lendemain ils n’auraient pas le temps de rassembler leurs affaires.

La sénatrice Aline Archimbaud a eu le préfet Normand (directeur du projet « campements illicites » à la préfecture de la région IdF) au téléphone pour lui demander d’appliquer la loi de mise à l’abri des personnes. Il lui a affirmé qu’il ferait le point avec le préfet Galli.

Mardi 21

            Avant l’arrivée de la police 

Il restait une cinquantaine de personnes sur le terrain. Les autres étaient partis les jours précédents. Une trentaine de militants étaient aussi présents; merci à eux, vraiment.

Les familles aidées par les volontaires des « Enfants du canal » essayaient de joindre le 115. La coordinatrice du projet Romcivic a parlé avec une personne du 115 pour lui expliquer la situation. La personne du 115 lui a demandé de ne plus appeler le temps qu’elle contacte la Drihl pour savoir si des solutions de mise à l’abri étaient prévues. 15 min plus tard confirmation du 115 que la DRIHL n’a rien prévu.

Vers 10h30 policiers et gendarmes mobiles sont arrivés, je dirais au moins 50.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis M. Galli était là en personne et a beaucoup parlé avec la presse.

Le préfet délégué à l’égalité des chances M. Leschi était également présent.

             La question du relogement 

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Expulsion du bidonville de La folie Bobigny. Photo: BSB

Des travailleurs sociaux mandatés par la Dihal sensés trouver des solutions pour les cas d’urgence (dixit le préfet Galli) étaient présents. Ce n’est que 25 min après l’arrivée de la police que j’ai été informé qu’ils étaient présents. Ces trois travailleurs sociaux attendaient patiemment au côté des CRS et ne voulaient parler qu’à un autre travailleur social…

Si nous n’étions pas intervenus ils n’auraient rien fait!

Ils m’ont demandé de leur signaler les cas les plus fragiles. Ils n’avaient absolument rien à proposer si ce n’est de piocher dans les hébergements 115. Le seul message qu’ils m’ont fait passer est qu’il fallait se dépêcher (sic) et que plus je donnais de noms moins de personnes seraient prises en charge.

Ils ont recensé les cas suivant :

– Une femme célibataire enceinte de 7 mois et sa grand-mère malade

– Un couple avec deux enfants de 5 et 10 ans

– Un couple avec deux enfants de 2 et 3 ans.

– Un couple âgé.

Ils ont refusé de me donner leurs coordonnées, j’ai donc donné les miennes pour faire le lien avec les familles contre la promesse de leur appel.

Tiraillé entre le sentiment de faire le boulot de sélection à leur place et la volonté d’aider les personnes les plus vulnérables présentes au moment de l’évacuation, j’ai joué le jeu avec un pragmatisme qui me rébute.

            Une après-midi d’errance 

La police a poussé les personnes restantes le long de la N3 jusqu’après le pont de chemin de fer pour, je cite, éviter les suicides.

Grâce aux volontaires des Enfants du canal et à M. B. la vingtaine de personnes restante, dont 7 enfants, ont été manger et se reposer dans le parc de la Villette.

Pendant ce temps là, la coordinatrice du projet Romcivic a téléphoné au SIAO 93, au SIAO urgence, au SIAO famille, etc, sans aucun résultat.

J’ai réussi à joindre le 115 du 93. Ils m’ont confirmé que la DRIHL avaient bien transmis la liste faite le matin. MAIS, contrairement à ce que j’avais compris le matin, les familles n’étaient AUCUNEMMENT prioritaires, simplement inscrites au 115 comme après un simple appel téléphonique.

            La nuit dans le parc de la Bergère à Bobigny 

Aux alentours de 17h nous avons expliqué aux familles que nous n’avions plus rien à leur proposer, si ce n’est d’attendre l’éventuel coup de fil du 115 pour les personnes listées.

Elles ont choisi de rejoindre la quinzaine de personne qui a passé la journée dans le parc de Bobigny.

Je les ai quitté à 19H30, ils s’apprêtaient à y passer la nuit.

            Bilan de l’intervention de la DRIHL 

Seule une famille a obtenu un hôtel à 20h, mais aucunement du fait de l’intervention de la DRIHL, simplement car ils ont régulièrement un hôtel, ceci depuis bien avant l’expulsion.

La femme enceinte, le couple de personnes âgées et la famille avec enfants de 2 et 3 ans ont dormi dehors aux côtés d’autres familles qui étaient parti avant que nous apprenions la présence de la Drihl lors de l’expulsion.

Une trentaine de personne a dormi dehors, une dizaine d’autres dans leur voiture. Apparemment certains des Roumains qui habitaient à La Folie auraient rejoint un bidonville à Montreuil.

Je m’en veux de n’avoir pas été plus exigent auprès de la Drihl, et de les avoir cru, mais entre les CRS, les caméras et les bulldozers la discussion fut brève.

Baptiste PASCAL D’AUDAUX, médiateur de l’ASET 93.

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L’affaire Valls/La voix des rroms passait le 4 décembre à la 17ème chambre : Première audience:

In contre la xenophobie on décembre 13, 2014 at 13:39

Pourquoi Valls doit être jugé par le tribunal de droit commun

Ce jeudi 4 décembre à 14 heures s’est tenue la première audience du procès pour incitation à la haine raciale que La voix des Rroms a lancé contre Manuel Valls.  Cette première audience portait uniquement sur la compétence du tribunal pour juger cette affaire, l’avocat du prévenu ayant soulevé que, – en tant que ministre et dans l’exercice de ses fonctions, – M. Valls était justiciable uniquement devant la Cour de Justice de la République. En 20 ans d’existence, cette “cour”, composée de 12 parlementaires et de 3 magistrats, n’a prononcé que 4 condamnations. Candidat, François Hollande a promis de la supprimer. Notre avocat, maître Henri Braun, a commencé sa plaidoirie en disant au tribunal: “Je dois faire un aveu: je n’ai pas confiance en la justice … de la Cour de justice de la République ». Effectivement, il y a de quoi…

Toujours est-il qu’il faut convaincre le Tribunal de grande instance de Paris, juridiction de droit commun, qu’il est compétent car les faits que nous reprochons à Manuel Valls n’ont pas été commis dans le cadre de ses fonctions de ministre de l’Intérieur (qu’il avait alors), telles que définies par le décret de sa nomination. Ce n’est effectivement pas en tant que ministre de l’intérieur qu’il ait pu dire entre autres:

  • “C’est illusoire de penser qu’on règlera le problème des populations roms à travers uniquement l’insertion”
  • Ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation”, ou encore

“les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie

En effet, la République ne reconnaissant pas les minorités ethniques, aucun de ses ministres ne peut prétendre en avoir la charge, même partiellement. Ainsi donc, lorsque Manuel Valls parle des Rroms, il ne peut le faire en tant que ministre, mais uniquement en tant qu’homme politique, exprimant une opinion politique et non pas une politique gouvernementale, car il ne peut y avoir de politique gouvernementale sur une population qui n’est pas reconnue en tant que telle par la loi. Il en irait autrement s’il visait expressément les “habitants roumains et bulgares de bidonvilles” p. ex., puisque l’aménagement du territoire et l’immigration font partie des attributions du ministre de l’Intérieur.

Ainsi donc, pour résumer, les arguments afin qu’il soit jugé par le tribunal de droit commun ont été utilisé de la manière la plus optimale. Logiquement, ils devraient orienter le tribunal à se déclarer compétent et donc à juger Manuel Valls au mois de mai 2015. Reste à savoir si la décision du tribunal, attendue pour le 19 décembre, suivra la logique juridique qui devrait s’imposer à chaque décision de justice. Quoi qu’il en soit, La voix des Rroms n’a pas l’intention de lâcher cette affaire, car elle est importante. Si elle ne trouve pas de solution satisfaisante devant la justice française, elle risque bien de finir à Strasbourg et dans quelques années seulement, mais nous n’abandonnerons pas.

 La voix des Rroms

Les familles des coquetiers jetées à la rue !

In contre la xenophobie on octobre 23, 2014 at 12:04

Depuis plus de trois ans que les familles occupent ce terrain municipal. L’an dernier, une partie du terrain a été expulsée sur la demande de la RATP et du conseil général. Les habitants, s’étaient regroupés alors sur le morceau de terrain municipal adjacent occupé en partie, dont la mairie, n’avait pas demandé l’expulsion.

L_Versace-Bobigny-21-2014-61 Photos: Ludovic Versace.

Mais voilà, un incendie plus tard, dans lequel la petite Melisa trouve la mort – l’enquête n’a pas donné d’explication quant aux causes de l’incendie- et une élection municipale plus tard  : c’est l’expulsion. Le nouveau maire UDI, Stéphane De Paoli, promet de gérer le problème ? Mais pas le problème de logement comme on pourrait le penser de ces enfants de Bobigny qui sont quasiment tous scolarisés dans les écoles voisines. Scolarisation massive qui a permis de garder une classe menacée de fermeture par manque d’effectif … et de risquer ainsi de perdre un poste d’enseignant qui après -on le sait bien est difficile a récupérer… Non le maire veut tous simplement se débarrasser des familles…

L_Versace-Bobigny-21-2014-66L_Versace-Bobigny-21-2014-5 photos: Ludovic Versace.

Deux décisions juridiques contradictoires

Le 26 août dernier, le tribunal administratif de Montreuil a donné raison au maire UDI de Bobigny. Il a validé l’arrêté d’expulsion pris par Stéphane de Paoli. Alors que le 2 juillet le tribunal de Bobigny compétant en la matière puisque le terrain n’a pas d’interêt public particulier lui donnait tort et mettait en avant l’interêt des familles. Problème juridique? Les habitants ont alors déposé un recours avec le ERRC ( européan rrom right center. Mais ce recours n’est pas suspensif, c’est-à-dire, que l’expulsion peut être prononcée et réalisée sans que cela ne soit re-jugé.

Un diagnostic social se félicite Didier Leschi ?

Mardi matin, les familles ont été expulsées sous la pluie froide. Il y aurait eu un diagnostic social- obligatoire depuis la circulaire du 26 août 2012, par le Groupement d’intérêt public habitat et interventions sociales (GIP HIS) : ce qui signifie que ces gestionnaires sont venus un jour sur le terrain et on soit disant réalisé un diagnostic personnalisé (tel est le principe de la circulaire) pour chaque habitant : Autours de 350 en une journée ? Combien d’habitants étaient présent sur le terrain? Combien coûte se diagnostique fait à la va vite ? Le sous-prefet au discrimination, Didier Leschi, se félicite : une trentaine de familles ont été envoyées dans la précipitation dans des hébergements ponctuels; éparpillées dans toute la France et seront relogées dans des appartements géré par ADOMA -les spécialistes des foyers de travailleurs immigrés. Beaucoup d’argent dépensés, dit le sous prefet. Oui et où va l’argent, dans les poches de ADOMA, les familles elles ont un travail et paieront normalement leur loyer. Par contre les enfants vont se retrouver déscolarisés et les parents relogés dans d’autres départements et régions vont perdre leur emplois !! Bravo pour le suivie social de ces familles du 93. Et pour les autres.  Une soixantaine de personnes à la rue, sous la pluie… Les familles et les collectifs qui les soutiennent, se sont regroupés place de la République à Paris, lieu symbolique de résistance. Puis, ils ont investi l’hôpital Saint-Louis non loin de là. Le directeur a également appelé la police qui les a délogé.

 

L_Versace-Bobigny-21-2014-38 photos : Ludovic Versace

Hébergés dans un gymnase à Paris

Au final, grâce à leurs actions, la mairie de Paris leur a ouvert un gymnase prés de la gare de l’Est. Pour combien de temps ? C’est les vacances, et après ? Les enfants composent la moitié du groupe et ne pourront pas retourner dans leur école, retrouver leur camarades de Bobigny. La directrice Véronique Decker déplore la manière dont tous cela c’est passé et déclare dans Libération :

                   « L’histoire de Mugurel Latcu, père de deux enfants scolarisés et qui travaille à Aulnay-sous-Bois, illustre                     cette précipitation. «Alors qu’il venait d’obtenir un logement social après quinze ans passés en France, on va l’expulser des Coquetiers, s’alarme Véronique Decker. En échange, on lui propose des nuits d’hôtel à Hardricourt [localité des Yvelines située à 60 kilomètres de là, ndlr]. Il risque de perdre son emploi et ses enfants d’être déscolarisés. »

L_Versace-Bobigny-21-2014-18

photos : Ludovic Versace

 

L’école ? Le travail ?

Cela ne semble pas faire partie des préoccupations des gestionnaires politiques et administratifs. Mais alors que prennent-ils en compte ? A quoi sert leur soit-disant travail social, qui coûte , « plusieurs centaines de milliers d’euros à déclaré le sous-préfet ? N’entretiennent-ils pas simplement les emplois des gestionnaires eux-mêmes, sans assurer d’aide aux familles ? D’ailleurs les familles demandent surtout a entrer dans le droit commun, c’est-dire à ce que l’on respect leur droit en tant que citoyens. Ceux-là ne semblent pas faire partie des administrés de Stéphane De Paoli. Pourtant, nouveaux immigrés européens, les Roumains et Bulgares du terrain des coquetiers, feront les électeurs de demain, déjà aux dernières municipales, de nombreux immigrés européens – qui ont une domiciliation- ont participé aux élections municipale. Les enfants traumatisés par ces expulsions répétées se rendront un jour compte que l’administration leur à voler leur enfance, que feront-ils alors ?

 

Collectif contre la xénophobie : Maïssoun Zeineddine

Raymond Gurême, 89 ans, rescapé des camps, victime de violences lors d’une intervention policière

In contre la xenophobie on septembre 29, 2014 at 19:58

 Ci- dessous l’article d’Isabelle Ligné qui a été recueillir le témoignage de Raymond Gurême chez lui après les faits. Nous avons déjà rencontré Raymond à plusieurs reprises. Une histoire résonne encore, celle du jour où deux gendarmes étaient venus chez lui le molester, il avait reconnu alors un ancien de ses geoliers du camp d’internement de Linas, en bas duquel il a acheté ce terrain, pour ne jamais oublier… Ces gendarmes là, sont surement mort depuis, mais voilà, que la nouvelle génération rivalise de violence.

……………………………….

DSC_03242 Il a été interné arbitrairement à l’âge de 15 ans avec ses parents et ses huit frères et soeurs. Les coups, la faim, l’enfermement étaient alors infligés par l’administration et la police françaises. 
Pour survivre à cette police et à cette administration qui collaboraient avec l’Occupant nazi, le petit acrobate s’est échappé loin des siens. A de multiples reprises il a connu les camps allemands. Il a été résistant aussi. Puis il s’est tu pendant 70 ans.
A eu de nombreux démêlés avec la justice et la police alors que l’internement, qui a brisé sa vie et celle des siens, restait tenu
soigneusement à distance de la mémoire collective. 
A partir de 2011,
avec la parution du livre « Interdit aux nomades » (Calmann-Lévy),
que j’ai eu l’honneur d’écrire sur la base de son témoignage oral détaillé
et précis sur ce parcours de vie traversant le 20ème siècle, il s’est réapproprié son histoire et a voulu la transmettre à ses descendants
mais aussi aux tsiganes, aux voyageurs et aux gadjé. 
Il a pour cela
parcouru la France inlassablement, de collège en studio de radio, de rassemblement de résistants en manifestations pour les droits des Roms
et des voyageurs. Il a aussi été à l’étranger – le livre a été traduit en italien, en Belgique et cet été à Cracovie et à Auschwitz-Birkenau pour un rassemblement de centaines de jeunes Roms venus de toute l’Europe.
Les violences qu’il a subies lors de cette opération policière en région parisienne ont donc immédiatement généré une page de soutien sur Facebook et un flot de commentaires indignés venus de France et du monde entier.
Et ce aussi bien chez des voyageurs, que chez des Roms, des sédentaires, des historiens, des rescapés du génocide tsigane en Europe, des responsables associatifs, des artistes ou encore des professeurs, des collégiens, des lycéens devant lesquels Raymond témoigne régulièrement…
Face à un tel émoi et à la violence du traitement qui a visiblement été infligé à M. Gurême, les Dépêches tsiganes sont restés prudentes, ne se contentant pas de reprendre des éléments fragmentaires sur Facebook et cherchant à recueillir en face à face le témoignage le plus exhaustif possible de Raymond et de membres de sa famille qui ont été témoins directs. C’est ce qui a été fait le vendredi 26 septembre sur le terrain familial sans que cela ne nous dispense de tenter d’obtenir, ultérieurement, le point de vue de la police et de la justice sur ces évènements et de faire état, très prochainement, d’une série de réactions.
Témoignage de Raymond Gurême: « Il était autour de 15H30. Je me reposais dans ma camping. J’ai entendu crier. Je me lève pour voir ce qui se passe. C’est alors que la porte s’ouvre. Un flic entre chez moi, la matraque en l’air. Il avait la trentaine. Je ne l’avais jamais vu sur mon terrain. Il était baraqué, les cheveux blonds coupés en brosse et avait de grandes oreilles. Je n’étais pas très réveillé, c’était comme un cauchemar. Il me repousse vers le fond de la caravane. Je lui dis « pourquoi tu viens chez moi ? » Il me répond pas. Je laisse pas tomber et le questionne encore: +t’as un mandat pour perquisitionner+. Il me dit: « on n’en a pas besoin, on n’est pas en Amérique ici ». Je lui dis: « moi non plus je suis pas en Amérique et ma caravane non plus alors sors de chez moi ». Il a crié +Ferme ta gueule+ plusieurs fois et puis c’est comme s’il avait pété les plombs, il a commencé à me taper dessus avec la matraque, une matraque en fer, télescopique. Ca faisait très mal et puis, comme j’ai que la peau sur les os, ça résonnait comme une grosse caisse.
Il y a un policier plus âgé qui lui a crié « attention, vas-y doucement c’est un vieux ! », mais le jeune flic qui s’acharnait sur moi ne l’a pas écouté et l’autre a paru avoir peur et s’est mis en retrait. J’avais très mal partout mais le pire, c’est quand il a tapé sur l’arrière de l’épaule, presque derrière le cou. Ca m’a comme paralysé. C’est à ce moment là que ça m’a fait repenser… (la voix de Raymond Gurême se brise dans un début de sanglot vite étouffé par un raclement de gorge)…
Ca m’a fait repenser au trajet de la gare de Brétigny au camp de Linas-Montlhéry (dans l’ancienne Seine-et-Oise, aujourd’hui en Essonne) que des policiers français nous ont forcés à faire à pied à coups de matraque et de crosse quand j’avais 15 ans – le 27 novembre 1940. J’ai revu le visage de mes parents et de mes frères et soeurs frappés comme moi, sans raison, par la police française. On en a pris tellement des coups ce jour-là ! On les comptait même plus.
A la fin, tu ne sens plus rien tellement la douleur est forte. 2013-08-12 16.56.59 Et ça recommence, 74 ans après, alors que j’ai presque 90 ans, j’ai été frappé sans raison par un policier français. J’ai eu peur qu’il me tue dans ma caravane, cette caravane que j’ai installée face à la colline où nous avons souffert. Ce policier a aussi cassé des objets auxquels je tenais et a tout renversé dans ma camping. J’ai essayé de sortir de la caravane, de m’évader, comme je me suis nachave (« sauvé, enfui » en romanes) du camp.
Quand je suis arrivé vers la porte, il m’a pris par le cou et la peau des reins et il m’a jeté du haut de la caravane vers le bas (la caravane de Raymond Gurême est situé en hauteur et trois marches servent à y accéder, le terrain familial étant ensuite en pente jusqu’au portail ndrl). Je partais pour m’écraser le nez par terre mais comme je suis acrobate depuis que je suis petit, j’ai donné un coup de rein et j’ai réussi à retomber sur les pieds. Le flic m’a regardé partir en vrille. Comme il a vu que je retombais sur les pieds, il est revenu il m’a retapé à l’extérieur et après, ils étaient à deux sur moi.
J’ai reçu des coups de pied en plus des coups de matraque. C’est là que certains de mes enfants (Raymond Gurême a eu 15 enfants et un total de 250 descendants) ont cherché à me défendre. Mais un tas de policiers leur sont tombés dessus et ne leur ont laissé aucune chance.
Ils étaient déchaînés. Moi je me suis mis dans la maison (qui est au centre du terrain et dans laquelle se trouve notamment la cuisine collective et la pièce où dormait la femme de Raymond avant son décès, en 2011).
Les flics ont même fouillé la pièce qui est à la mémoire de Pauline. Ils ne respectent même pas nos morts. Ils ont tapé sur tout le monde, même des femmes, qu’ils ont traitées de +salopes+ et +d’ordures+. Avant de partir comme on était sur le pas de la porte, ils ont commencé à lancer des gaz lacrymogènes. Ils m’en ont mis en pleine figure, plein les yeux.
Je ne pouvais plus respirer. Mais heureusement au moins le vent était avec nous car il leur en a renvoyé aussi.
Quand j’ai pu aller vers le portail, j’ai demandé à une femme policier qui est la supérieure de tout ce monde-là si elle avait vu dans quel état m’avaient mis ses hommes. Je lui ai demandé aussi de les calmer pour qu’ils arrêtent de frapper mes enfants. Elle n’a rien fait et elle m’a dit alors qu’elle n’était pas sur place quand j’ai été tabassé +on ne vous a pas frappé, on vous a juste un peu molesté+. Mes enfants ont été embarqués et condamnés alors qu’ils n’ont fait que me défendre.
Ca pour moi c’est inacceptable. 2013-08-12 16.56.28 J’ai la couenne dure mais le premier soir j’avais tellement mal partout que je n’ai pas pu enlever mes habits pour dormir et m’allonger. Je suis resté sur une chaise toute la nuit.
J’ai encore du mal à bouger plusieurs jours après et surtout à tourner la tête. J’ai aussi les boyaux qui me font mal. Et puis c’est comme si je perdais l’équilibre par moment. J’avais jamais eu ça avant. J’ai été chez mon docteur qui m’a fait un  certificat médical. Je suis allé porter plainte à la gendarmerie d’Egly, où ils ont été très gentils mais ils m’ont demandé de laisser l’original du certificat médical en me disant qu’ils me le ramèneraient En tout cas je veux porter plainte et que ces policiers soient punis pour ce qu’ils m’ont fait. Il faut que ça cesse. Depuis que j’ai 15 ans, j’ai des képis sur le dos. J’ai presque 90 ans, je voudrais pouvoir vivre tranquillement sur mon terrain et que la police me laisse en paix ».
Témoignage de l’un des fils de Raymond Gurême qui a tenté de le défendre et présente aussi des traces de coups, notamment une blessure proche du cou et une large ecchymose à la cuisse. La vitre de sa caravane a été brisée et elle présente de nombreuses traces de coups également à la suite de l’intervention policière: « Quand les flics sont arrivés, mon père dormait dans sa camping. Ils étaient nombreux, plusieurs dizaines et nous ont dit qu’ils cherchaient un jeune de chez nous, qui a autour de 13 ans, et qui n’habite pas sur ce terrain mais beaucoup plus haut. Ca n’avait donc rien à voir avec nous et encore moins avec mon père. Mais les flics fouillaient tout le secteur. L’un d’entre eux est monté en haut du terrain de mon père, jusqu’à ma camping. Heureusement mes gamines n’étaient pas là mais à l’école. Je lui ai dit: « tu cherches quoi ». Il me dit « ça te regarde pas ». Pour ne pas lui chercher chicane à lui, je suis allé voir un autre flic qui est monté et qui était plus calme. L’autre est alors redescendu vers la camping de mon père comme un enragé. Fallait pas qu’ils repartent au commissariat sans personne, alors ils ont provoqué pour pas repartir bredouille. Ils savaient qu’en s’attaquant au père, on réagirait. J’ai essayé de le défendre mon père. L’un de mes frères est venu avec et un de mes neveux, puis après une gamine de 18 ans de chez nous mais on a eu tout de suite trois ou quatre flics chacun qui nous ont sauté dessus. On s’est pris des coups, on a été plaqués au sol et puis traînés jusqu’au camion de police.
La mère de la jeune a essayé de la défendre mais elle s’est fait embarquer aussi. Ma femme qui est enceinte, ils l’ont tapée aussi et c’est elle qui a dû protéger son ventre. Sinon… On a été placés en garde à vue pour « outrage et rébellion ». Avant de nous embarquer, les flics nous ont dit pour nous narguer « ça fait 4-0, quatre pour nous et zéro pour vous ». Ils marchent par but. Ils croient que c’est un match de foot. C’est abuser. Moi j’ai eu bonne conduite quand j’ai fait l’armée, je cherche de chicane à personne mais j’ai déjà trois condamnations pour « outrage et rébellion » et à chaque fois c’est ici sur notre terrain et la plupart du temps avec les mêmes flics. C’est pas à Brétigny ou à Paris que je suis supposé « agresser » les policiers. C’est eux qui nous maravent (frapper en romanès ndrl). Je lui ai dit à la juge parce que dès le mercredi, on nous a fait passer en comparution immédiate. J’aurais dû reculer l’audience, j’ai pas eu le temps de réfléchir mais je voulais pas aller en cabane. Moi je sais pas bien lire et écrire, mon frère pas du tout et sur nos deux papiers de comparution, il y a des trucs dont on nous a jamais parlé (une mention « ne souhaite pas d’avocat » et « ne souhaite pas consulter le dossier » ajoutée à la main ndrl). On n’avait pas d’avocat quand l’audience a commencé. C’est mon père qui a été demander un avocat commis d’office. Il a été très bien d’ailleurs. Surtout qu’il y avait un tas de flics en face pour témoigner contre nous. Moi c’est toujours les mêmes noms de flics qui sont à l’origine de mes trois condamnations. Alors elle est où la justice ? Mercredi, j’ai été condamné à plus de 100 heures de travail (d’intérêt général) et à des amendes pour les insultes que j’ai lancées aux policiers mais ils nous ont insultés aussi et mon père a été frappé ! Et dans quel état ils l’ont mis ! Comment je vais faire pour payer les amendes alors que j’ai déjà du mal à m’en sortir ? Il va falloir faire quoi ? Voler pour payer tout ça ? Franchement, c’est à ça qu’on veut nous pousser non ? Je suis très en colère, surtout pour ce qui s’est passé avec mon père. J’ai des insomnies. Je vais faire appel de ma condamnation. +Outrage et rébellion+, c’est déjà avec ça que mon père a été envoyé en cabane. »
Une des filles de Raymond: « C’est un flic de 29 ans qui a frappé mon père de 89 ans. Il faut vraiment être une crapule pour taper sur des personnes âgées. A 29 ans, c’est courageux de matraquer un homme de 89 ans ! Quand j’ai trouvé mon père dans cet état, j’ai dit au flic qui l’avait frappé « t’as pas honte ? ». Il m’a rigolé en pleine figure. Mon père a été interné, déporté, résistant. Il en a déjà assez vu, la police pourrait peut-être le laisser tranquille non ? Et mes frères, vous croyez que c’est juste qu’ils soient embarqués et condamnés. N’importe qui se serait énervé de voir traiter son père comme ça ». 
 
Un autre fils de Raymond, qui a aussi cherché à le défendre et a été placé en garde à vue et condamné pour « outrage et rébellion. » « Une fois qu’il y aura plus mon père, on va casquer encore plus avec la police. Ca va jamais finir. »
Fait chevalier des Arts et Lettres par l’ancien ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, Raymond Gurême a gardé sa gouaille et son franc-parler. 
Les signes de solidarité et de soutien après ces violences ont été à la mesure de l’émotion et de l’affection qu’il suscite dans des cercles très divers depuis plusieurs années. Cette mobilisation lui permet de surmonter l’état de choc physique et psychologique dans lesquels les violences qu’ils a subies l’ont plongé. Et d’avoir la force de suivre le chemin fastidieux mais essentiel des plaintes en justice – auprès de la police des polices et du défenseur des droits.
Certains – y compris chez les voyageurs ou dans certains cercles du pouvoir – trouvent pourtant que Raymond Gurême a « mauvaise réputation » puisque lui ou des membres de sa famille ont souvent maille à partir avec la police. 
Ce qui donne l’envie de leur fredonner du Brassens « Au village, sans prétention, J’ai mauvaise réputation… Que je me démène ou que je reste coi, Je pass’ pour un je-ne-sais-quoi. Je ne fais pourtant de tort à personne, En suivant mon ch’min de petit bonhomme ; Mais les brav’s gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux… 
Et de leur rappeler que cet argument de la « mauvaise réputation » a été employés par les Nazis pendant la Seconde guerre mondiale pour maintenir internée pendant des années la famille Gurême, qui avait des carnets forains et n’aurait jamais dû être raflée par l’administration française, l’ordre d’internement ne concernant normalement que la catégorie administrative des
« nomades ».
A l’heure où nous diffusons cet article sur le site des  Dépêches Tsiganes, nous apprenons qu’une voiture de la BAC (brigade anti-criminalité) dans laquelle se trouve le policier qui a frappé Raymond vient de passer à vitesse ralentie devant son terrain….. Isabelle Ligner
Les dépêches tsiganes

Fin des mesures transitoires pour les Roumains et Bulgares en France à Partir du 1er janvier 2014

In contre la xenophobie on décembre 25, 2013 at 13:52

Voici, ci-dessous le texte du ministère de l’intérieur daté du 9 décembre 2013 :

A partir du 1er janvier 2014 les mesures transitoires appliquées à l’égard des ressortissants bulgares et roumains depuis l’adhésion de leurs Etats d’origine prennent fin.

Ainsi, le citoyen bulgare ou roumain, comme tout autre citoyen de l’Union européenne ne relevant pas d’un régime transitoire, peut librement travailler en France à compter de cette date.

Il doit être muni d’une carte d’identité ou d’un passeport en cours de validité. Il n’est pas obligé de détenir un quelconque titre de séjour ou de travail.

Il peut exercer toute activité économique, salariée ou non salariée (sauf certains emplois publics et, pour les professions réglementées, sous réserve de remplir les conditions d’exercice).

Le droit de séjourner en tant que travailleur lui est reconnu tant qu’il exerce une activité professionnelle. Ce droit est maintenu sous certaines conditions de durée d’exercice de l’emploi salarié lorsqu’il se retrouve en chômage involontaire et est inscrit comme demandeur d’emploi.

Toutefois, s’il désire obtenir une carte de séjour, il peut déposer une demande auprès de la préfecture compétente. Cette carte lui est délivrée sur justification de sa situation :

  1. Le travailleur salarié doit être en mesure de présenter une déclaration d’engagement établie par son employeur ou un contrat de travail.
  2. Le travailleur non-salarié doit pouvoir fournir tout document prouvant l’effectivité et l’absence de caractère accessoire de son activité (inscription au registre du commerce et des sociétés ou au répertoire des métiers, documents commerciaux, pièces comptables…).

S’il se retrouve en chômage involontaire, il doit justifier d’une durée suffisante d’exercice de son activité et de son inscription comme demandeur d’emploi. Il est rappelé que tout citoyen européen peut venir en France pour y rechercher un emploi, pendant une période de 6 mois. Il doit s’inscrire dès son arrivée comme demandeur d’emploi.
S’il n’a jamais exercé d’activité professionnelle ou s’il ne relève plus de la situation de demandeur d’emploi évoquée ci-dessus, le citoyen bulgare ou roumain doit, comme tout autre citoyen de l’Union européenne, justifier d’un droit de séjour pour un des autres motifs prévus par la directive 2004/38/CE, c’est-à-dire soit être étudiant, soit justifier de la possession de ressources suffisantes et d’une assurance maladie, soit être membre de famille d’un autre citoyen de l’Union européenne.


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Les socialistes d’avant-guerre

In contre la xenophobie on septembre 3, 2010 at 15:54

Un rappel historique : quand la xénophobie était « de gauche »… aux temps des ministres de Léon Blum, Roger Salengro et Marx Dormoy.
Le 4, parlons de la République – « accueillante » et criminelle –de Sarkozy et des sans-papiers pas que des roms…

« La France entend rester fidèle à sa tradition de terre d’asile. Les réfugiés politiques qui respectent ses lois ont droit à son hospitalité. Il ne serait cependant pas admissible que les étrangers qui bénéficient de cet asile puissent, sur notre territoire, prendre part, de manière active, aux discussions
de politique intérieure et provoquer des troubles et du désordre, ou bien poursuivre une action, quant à la politique de leur pays d’origine, susceptible de nuire à nos relations internationales » Roger Salengro – Circulaire du ministre de l’intérieur, à l’adresse des préfets, du préfet de police et du
gouvernement général de l’Algérie 4 juillet 1936

On voit qui sont visés : réfugiés allemands, juifs ou pas, réfugiés espagnols, italiens fuyant le fascisme……

Et notre bonne vieille République de continuer son accueil chaleureux : Marx Dormoy, figure emblématique de la gauche, proche de Léon Blum, à l’approche de l’exposition internationale du 1er mai 1937 :

« Il est vraisemblable que nous aurons à faire non seulement à une masse mouvante plu ou moins indésirable de sans-travail et d’émigrants, de provenances diverses, en quête d’un pays susceptible de les accueillir en leur procurant des moyens d’existence, mais encore à des individus franchement douteux, à la moralité suspecte. »…

Il conviendra donc de refouler impitoyablement tout étranger qui cherchera à s’introduire sans passeport ou titre de voyage valable, ou qui n’aura pas obtenu pas obtenu de visa consulaire, s’il est soumis à cette formalité. À ce point de vue, votre vigilance devra être particulièrement en éveil vis-à-vis
des originaires de l’Euripe centrale ou orientale. »…

Visés, les « nombreux polonais »… Donc,

« Il ne s’agit nullement de réfugiés, mais d’individus sans travail et sans ressources en quête de situation quelles qu’elles soient. Pour parvenir à leurs fins ils utilisent tous les prétextes et recourent à tous les subterfuges. Or tous ces migrants viennent de plus en plus submerger nos professions
commerciales et artisanales, pesant ainsi lourdement sur notre économie générale. » et qui « constituent un danger pour notre sécurité intérieure. »
Circulaire du ministre de l’intérieur Max Dormoy du 9 juillet 1937

Rappelons que Dormoy et Daladier défendaient « la race française » !

in La république xénophobe – 1917-1939 – P.J. Deschodt et F. Huguenin – ed. Lattès

Alors fêtons la république de Dormoy et Sarkozy : même combat !

[Source : résistons ensemble]