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Présentation de « Roms & riverains »

In Rroms, Vos infos. on mars 10, 2014 at 12:29
Éric Fassin, Carine Fouteau, Serge Guichard et Aurelie Windels présenteront Roms & riverains à l’invitation de la Librairie du Jeu de Paume le jeudi 13 mars de 19h à 21h.
L’argument est le suivant : ce qui se passe autour des Roms n’est pas l’éternel retour d’une haine du nomade (les Roms bougent surtout parce qu’ils sont chassés.), ce n’est pas identique à ce qui se passe autour des immigrés extra-européens (précisément parce qu’ils sont européens), ce n’est pas non plus la simple répétition de ce qu’on a connu sous Sarkozy (et si c’est pire, c’est que les mesures transitoires touchent à leur fin). Il s’agit ici de race – et non pas simplement de racisme. En effet, parce que les Roms sont (quasi) européens, ils ne peuvent (plus) faire l’objet de discriminations légales. Pour autant, il n’est pas question de les intégrer. En pratique, se met en place aujourd’hui ce qu’on peut appeler « auto-expulsion : on rend la vie impossible aux Roms pour les dissuader de rester ou de venir. Pour justifier la discrimination, il faut supposer, a priori ou a posteriori, une différence radicale – qui seule autorise ce traitement inhumain. C’est en cela qu’il faut bien parler de race. Il n’est donc pas étonnant qu’on retrouve un discours sur la « culture » qui est la forme moderne de la « race » : les Roms sont de nature différente (« ils n’ont pas vocation à rester en France », « ils ont vocation à rentrer dans leur pays » – Manuel Valls). Ce qui est frappant, c’est qu’on ne trouve pas ici de justifications « démocratiques », comme c’est le cas pour l’immigration et l’islam (au nom de l’égalité entre les sexes, ou de la laïcité, ou encore parce qu’à la différence de « nous », « eux » seraient homophobes ou antisémites, autrement dit, antidémocratiques). Le racisme à l’encontre des Roms n’a pas à être justifié : La différence radicale s’impose comme une évidence. Comment fonder une politique de la race, que les principes de la France et de l’Europe interdisent ? En la dépolitisant. La dépolitisation passe par un double déplacement : d’une part, un transfert de l’État aux autorités locales – une municipalisation ; la politique d’État se donne ainsi comme une simple réponse à la demande locale ; d’autre part, en même temps, les autorités municipales revendiquent pareillement de ne pas faire de politique – elles s’abritent derrière une demande populaire : les riverains. Il importe ici d’éviter toute équivoque : il ne s’agit pas de valider ce populisme, mais de montrer comment il s’autorise du peuple. Le riverain n’est pas une catégorie sociologique. C’est une catégorie produite politiquement. Toutefois, elle peut devenir réelle : le riverain, avec l’aide des autorités locales, peut mener des pogroms. Reste une question : si le racisme n’est pas la cause, mais l’effet de la politique (autrement dit, si l’on inverse la logique du populisme), pourquoi nos politiques, en particulier de gauche aujourd’hui, réinventent-ils la race – alors même qu’ils se veulent antiracistes ? L’hypothèse ( banale mais fondée), c’est que le racisme d’Etat (ou sa version municipalisée) est l’envers logique, voire nécessaire, du ralliement de la gauche aux politiques néolibérales.

Éric Fassin, Carine Fouteau,Serge Guichard et Aurelie Windelsprésenteront Roms & riverains (La fabrique éditions, paru le 20 février 2014) à l’invitation de la Librairie du Jeu de Paume (espace éducatif – 1, place de la Concorde 75008 Paris) le jeudi 13 mars de 19h à 21h.

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Pour éviter race, mot par trop malsonnant, on admet plutôt que la « question rom » est une affaire de culture. De fait, la culture rom, sorte d’errance sans but dans un paysage d’ordures, de boue et de rats, est difficilement compatible avec « la nôtre ». D’où leur vocation – à ne pas séjourner chez nous, à être expulsés vers leurs pays d’origine où ils trouveront plus facilement leurs marques.

Ce livre montre comment l’État français, empêché par ses propres lois de traiter les Roms, citoyens européens, comme il traite les sans papiers tunisiens ou maliens, délègue aux municipalités la tâche de démolir les camps et de chasser leurs habitants. Il montre comment, pour ce faire, maires et adjoints s’appuient sur un réel ou supposé « ras-le-bol » des riverains. Il montre aussi, circulant comme des fantômes, les enfants roms, par terre avec leur mère sur un carton rue du Temple ou cheminant dans la nuit sur le bord de la nationale pour gagner l’école d’une commune éloignée qui accepte de les recevoir.

Un livre pour voir ce que nous avons chaque jour sous les yeux.

  • Éric Fassin est professeur à Paris 8 (département de Science politique et Centre d’études féminines et d’études de genre) et chercheur à l’IRIS et au LabTop /CRESPPA.
  • Carine Fouteau est journaliste à Mediapart.
  • Serge Guichard est militant, membre fondateur de l’Association de solidarité en Essonne avec les familles roumaines roms (Asefrr).
  • Aurélie Windels est journaliste et coordinatrice du collectif Cette France-là.

Source : http://lafabrique.atheles.org/livres/romsrive…
Source : http://www.librairiejeudepaume.org/agenda.php

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Racisme envers Christiane Taubira : « La gauche est aussi responsable »

In Analyses on novembre 15, 2013 at 16:51

INTERVIEW – Alors que la une raciste du journal d’extrême droite Minute sur Christiane Taubira défraie la chronique, le sociologue Eric Fassin analyse pour metronews le climat qui y a mené.

Une ministre de la République comparée à un singe… Comment en est-on arrivé là ?
Le fait que l’extrême-droite mobilise un discours raciste n’est pas nouveau. La nouveauté, c’est sa légitimation dans la société par le discours politique. Depuis des années, nos gouvernants ont banalisé un discours oscillant entre la xénophobie et le racisme. C’était particulièrement vrai sous Nicolas Sarkozy : la droite chassait sur les terres de l’extrême droite en parlant d’identité nationale et d’immigration, des musulmans et des Roms. Ainsi s’est installée l’opposition systématique entre « eux » et « nous ».

Mais aujourd’hui c’est la gauche qui est au pouvoir : les esprits ne se devraient-ils pas être apaisés ?
A son tour, la gauche a chassé sur les terres de la droite, cédant le terrain idéologique. Pour la « gauche populaire », il faudrait ainsi choisir entre la défense des minorités sexuelles ou raciales et celle des classes populaires. Autant dire que les Noirs, les homosexuels et les musulmans (voire les femmes) ne font pas partie du peuple ! Et puis, il y a le discours de Manuel Valls sur les Roms : hier encore, la gauche l’aurait taxé de racisme. Aujourd’hui, ce ministre s’indigne, comme si le racisme sophistiqué n’avait rien à voir avec le racisme vulgaire… Le gouvernement a tardé à soutenir Christiane Taubira ; mais aujourd’hui, il tente de se refaire une virginité sur son dos, comme s’il n’avait aucune responsabilité dans cette dérive raciste !

Comment ce discours s’est-il cristallisé sur la personne de Christiane Taubira ?
Avant la loi Taubira sur le mariage pour tous, il y a eu la loi Taubira de 2001 sur la traite et l’esclavage, reconnus comme crimes contre l’humanité. Elle incarne donc un idéal de gauche décomplexée, au moment où la gauche complexée qui est au pouvoir s’incline devant la droitisation de Manuel Valls, censé répondre aux inquiétudes sécuritaires et identitaires en jouant le « riverain » contre le « bobo ». Minute ne s’y était pas trompé, fin août, avec une couverture prenant parti contre elle : « Vas-y Manuel, mords-y l’œil ! »

L’homophobie qui s’est libérée durant le débat sur le mariage pour tous a-t-elle préparé le terrain au racisme ?
Effectivement, on assiste aujourd’hui à une convergence de toutes les « phobies » (homophobie et xénophobie, racisme et sexisme…). Ce n’est pas un hasard si Christiane Taubira en est la victime : pendant le débat sur le mariage pour tous, elle n’a pas hésité à faire le rapprochement avec son autre combat – contre l’esclavage. Pour les racistes et homophobes, elle est l’ennemie principale !

Avec cette parole libérée, les racistes et les homophobes ont-ils gagné?
Les droits des homosexuels avancent ; les homophobes ont donc perdu la bataille, d’où leur exaspération. En revanche, les racistes se portent bien : leur discours est légitimé au plus haut niveau. Reste, pour ne pas sombrer dans le désespoir, que le fait majeur, c’est qu’une femme noire est ministre ; seule l’extrême droite ose le déplorer. Certes, il y a les attaques racistes, mais elles font scandale. Bref, comme le reconnaît la Une de Minute, c’est Christiane Taubiraqui a gagné : elle restera dans l’Histoire. Quant à ses détracteurs racistes, ils sont voués aux poubelles de l’Histoire…

* Auteur de Démocratie précaire, chroniques de la déraison d’État, aux éditions la Découverte.

Eric Fassin interviewé par Metronews