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Expulsion Bobigny : Retours sur le discours des préfets Leschi et Galli

In Analyses on juillet 23, 2015 at 18:48
C’est en lisant hier soir l’article publié dans Le Monde (ci-dessous reproduit) qu’il est apparu évident de devoir publier un article sur l’expulsion du bidonville de La Folie à Bobigny qui a eu lieu hier en fin de matinée. L’expulsion du terrain met en lumière les failles des discours officiels. Discours policier néanmoins bien rodé et évidemment relayé.
L’article du Monde écrit par une journaliste de l’AFP illustré d’une photographie d’archive qui n’a pas été prise hier matin à Bobigny est l’un des transmetteurs de ces petits mensonges officiels qui rendent la vie plus douce et les évacuations de terrain moins pénibles… pour l’administration.
Le photographe de l’AFP, car il y en avait un même si ce n’est pas ses photos qui ont été publiées, est le seul à être arrivé en même temps que la police. Il était bien mieux informé.

photo: BSB la_folie_21juill2015_bsb_14

Une cinquantaine d’habitants du bidonville étaient encore devant le terrain à l’arrivée massive de policiers, de fonctionnaires préfectoraux, et autre ribambelle de gestionnaires.
Les familles accompagnées par une dizaine de jeunes gens en service civique au Enfants du Canal depuis à peine un mois pour la plupart – découvrant pour la première fois de leur vie les méandres d’une expulsion –, tentaient de joindre le 115 afin de trouver un hébergement d’urgence face à la situation.

Quelques citoyens solidaires étaient également présents et démunis.
Une journaliste envoyée par LCI était là ainsi qu’un travailleur social de l’ASSET, accompagnateur à la scolarité sur plusieurs terrains d’Île-de-France, notamment auprès des enfants de ce bidonville.

Les familles qui restent ainsi jusqu’au dernier jour d’une expulsion sont les plus démunies, c’est qu’elles ne savent pas où aller. Pour dire leur dénuement, elles avaient passé toute la journée d’hier à écorcher les coquilles des caravanes afin d’en récupérer le revêtement en aluminium qui se vend 85 centimes le kilo.
Le préfet Galli est arrivé en trombe avec une caméra Go-Pro vissé sur la tête, tel un policier de terrain. Sept camions de gendarmerie et une cinquantaine de gendarmes en gilet pare-balles se sont déployés face au terrain, empêchant toute circulation

Ils étaient accompagnés de la police nationale de Bobigny ainsi que des fonctionnaires de la BAC venus pour ouvrir toutes caravanes et baraques fermées.
Des photographes avec le brassard de la police ont quant à eux mitraillé le terrain abandonné pendant plus d’une heure.

En plus du préfet Galli, il y avait le préfet de la direction régionale et interdépartementale pour l’hébergement et le logement (Drihl), monsieur Didier Leschi. Ce dernier déclarait aux micros tendus qu’il était là pour « proposer des solutions d’urgence aux plus vulnérables », ce que retranscrit tel quel l’article de l’AFP. Présent jusqu’à la fin de l’expulsion, il n’a cependant pas daigné se signaler aux familles démunies ni au travailleur social, ni même aux jeunes gens des Enfants du Canal qui continuaient à appeler sans succès le 115.

Dans la matinée, quelques-uns ont réussi à joindre le service d’hébergement d’urgence qui leur a annoncé que s’il s’agissait d’une expulsion, alors la préfecture les aurait prévenus et qu’ils n’avaient pas été prévenus… Mettant un temps en doute le fait qu’une expulsion aurait lieu ce matin. Ils conseillèrent d’attendre que la Drihl prenne en charge toutes ces familles ensemble. Enfin un autre coup de téléphone de leur part annonça qu’il fallait reprendre patiemment les appels individuels au 115, puisque la Drhil n’avait pu leur réserver aucune place, ce que firent familles et jeunes en service civique, durant toute la journée.

C’est donc sur fond de la fameuse musique du 115 que monsieur Leschi, à quatre mètres de là, déclarait que tout était fait et qu’il était là pour ça.
Un monsieur, citoyen lambda, vint lui signaler une femme enceinte avec des problèmes de santé, le préfet lui ayant indiqué les fonctionnaires prévus à cet effet.

À la question : « Pourquoi n’avez-vous pas fait le nécessaire ? », monsieur Leschi répond courtoisement : « On attend qu’on nous le demande. » — Ils appellent le 115 là. — Bah c’est ça, ils doivent appeler le 115. — Mais vous ne faites pas quelque chose de votre côté ?
Réponse bien calibrée : « Eh bien on regarde les situations individuelles mais la difficulté qu’on a eue ici c’est que les travailleurs sociaux n’ont pas pu rentrer, parce que quand ils ont voulu faire le diagnostic social, ils se sont fait agresser. Donc ils se sont retirés. » — Bah pas tous, il y en a là. — Ah bah il faut nous les présenter, non ça c’est pas des travailleurs sociaux, les Enfants du Canal, c’est ça dont vous parlez ? — Il y a aussi un travailleur social de l’ASSET. — Bah nous sommes des travailleurs sociaux aussi. Donc la question c’est que nos listes sont imparfaites, et donc il faut qu’on regarde. — Ils ont fait une liste là. — Eh bé on est là pour ça. — Mais vous ne signalez pas aux gens que vous êtes là pour ça ? — Mais ils le savent. Vous savez les Enfants du Canal on les finance, donc ils le savent parfaitement. C’est une association financée par la préfecture. — C’est pas écrit sur votre veste ! — Oh ils nous connaissent, ne vous inquiétez pas.

Voilà un dialogue fort inquiétant. qui ne s’arrête pas là.

Et monsieur Leschi de poursuivre :

— C’est toujours une situation très difficile, en particulier dès lors qu’on n’a pas pu faire le diagnostic social en tout cas imparfaitement… — Vous avez des exemples de diagnostics sociaux qui se sont bien passés ? — Oui bien sûr. — Lesquels ? — Oh dans la plupart des campements ils se passent bien. Par exemple celui des Coquetiers était PARFAIT, juste à côté. — Ah les Coquetiers ! Vous savez où sont la moitié des familles des Coquetiers ? — Tout à fait, je ferai un bilan avec l’ADOMA et l’ensemble des associations qui s’en occupent. — Pour vous ils sont tous relogés ? — On fera un bilan bientôt. — Les Coquetiers c’était l’automne dernier ? — Oui et on continue à les suivre, famille par famille. — Alors vous savez que sur ce terrain (en train de se faire expulser) il y a des familles des Coquetiers ? Que là devant vous ce sont des familles des Coquetiers ? Donc dans le diagnostic « parfait » des Coquetiers vous savez qu’il y a des familles qui étaient encore en bidonville et qui sont en train d’être à nouveau expulsées. Vous ne les voyez pas ? — Moi je ne suis pas travailleur social, chacun son métier.

Travailleur social, pas travailleur social ? un dialogue inquiétant quant au volet « social » de l’action de l’État. On constate qu’il manque cruellement de dialogue, et de bonne foi.
Un début de travail est effectivement amorcé pour le relogement de familles de bidonvilles, des contrats sont passés avec des hébergeurs historiques de travailleurs immigrés comme l’ADOMA, que des « travailleurs sociaux à la haute déontologie » comme dit le prefet de la Drhil sont payés, mais ne font pas leur travail, et que surtout les discours rassurants et humanitaires sont là pour la façade, qu’en réalité les personnes qui se présentent et arrivent avec la police pour « gérer l’hébergement d’urgence », préfèrent laisser des jeunes gens en service civique depuis un mois pour gérer une crise qui les dépasse. Laissant surtout aux familles le soin de se débrouiller seules tout en étant présents pour dispenser leur bonne parole aux micros des médias… Amen.

Rien de nouveau sous le soleil de la canicule…

Le préfet Galli responsable de l’opération pouvait se réjouir au nom de tous : « Vu l’état du camp je pense qu’il n’y a pas de regrets à avoir et que même les habitants du camp ne sont pas fâchés de partir. » Puis, serein : « Toutes celles et ceux qui appelleront le 115 auront une réponse. Voilà. »
Et sarcastique : « Je ne vous dis pas laquelle, parce que, je n’en sais rien. »

Ce mercredi midi, une seule famille était hébergée à l’hôtel, tout simplement parce que déjà hébergée par le 115. Ni la famille de la dame enceinte (avec de gros problèmes de santé) signalée par un citoyen sur place à monsieur Didier Leschi et son équipe, ni les autres n’ont eu accès à un relogement. Pas même la famille de la petite Mélissa morte dans l’incendie du terrain des Coquetiers et réfugiée sur ce terrain de La Folie n’aura été prise en charge. Ils auront dormi dehors cachés sous des broussailles du 93. Le travailleur social sur place ayant appelé le 115 et le CIAO urgence/famille de Paris avec les familles tout l’après-midi aura eu pour réponse que ces personnes n’étaient pas de Paris et que le 115 du 93 n’avait pas de place disponible, alors que la Drihl affirme avoir fait le nécessaire. Belles paroles et petits mensonges.

[Source : Paris s’éveille.]

http://www.parisseveille.info/belles-paroles-et-petits-mensonges,3391.html


A lire également l’article précédent sur le sujet Expulsions de terrain de Ivry à Bobigny

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Quand les pompiers refusent de se déplacer sur un camps de rroms

In Vos infos. on août 31, 2013 at 13:37

Hier, vendredi 30 août, nous étions à Bobigny au terrain dit du coquetier sur lequel la police est intervenue le 27 au matin pour faire un sale boulot : casser des baraques,  et embarquer une dizaine de caravanes à la fourrière. Bousculer les habitants adultes autant qu’enfants.

une expulsion sans solution de relogement de plus 

Ce terrain bordé d’un côté par le metro et de l’autre par la voie ferrée est en fait la proprièté de la RATP, du département et de la mairie de Bobigny.  Si le 27 au matin la totalité des personnes en a été expulsée et a due dormir dehors laissant derrière eux la plus part de leurs affaires, seule les parcelles de la RATP et du département étaient visées par l’arrêté d’expulsion. A un an de la circulaire du 26 août 2012 « relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites » seule trois familles ont été concernées par quelques nuits d’hôtel. Les autres personnes, après avoir passées une nuit sur le fronton de la mairie, ont reussi à retourner sur le terrain inexpulsable.

Aujourd’hui ils tentent de récupérer leur caravanes munis de leur carte grise afin de retrouver leur habitats et les cartables flambants neuf déposés par un ami pour les enfants. Sur ce terrain tous les enfants sont scolarisés et les plus petits sont inscrits à la maternelle. La directrice de l’école Pablo Picasso , Véronique Decker présente lors de l’expulsion raconte ici les évènements. ainsi qu’Amnesty international ici.

Quand les pompiers refusent de se déplacer sur camps de rroms

Mais hier, alors que nous enregistrions des témoignages d’enfants avant leur rentrée scolaire, pour l’émission « Le jour de la sirène » sur FPP 106.3 ( diffusion mercredi 4 septembre  à 17heures ) un  incident est survenu : un homme du terrain est arrivé le bras en sang. Sous la chemise qui cachait sa blessure : un trou béant… Dans la panique générale, des femmes s’évanouissaient, tous le monde criaient, nous avons appelé les pompiers. Quand les pompiers ont compris q’il s’agissait du terrain de rroms, ils ont refusé tout net de se déplacer. Nous avons alors du trouver un véhicule et porter en catastrophe Ali qui s’évanouissait…

Une chance que l’artère n’ait pas été touchée auquel cas  la non venue des pompiers aurait été une véritable catastrophe.

La tache des pompiers est une tache difficile, souvent appelés et parfois sans urgence réelle certe, mais ce dénigrement face à des populations démunies et étrangères n’a rien pour nous rassurer.

[Source : collectif contre la xénophobie ]

Nous reproduisons ici la lettre de Veronique Decker publiée sur Médiapart: 

Maltraitance

Véronique Decker est directrice de l’école Marie Curie à Bobigny. Voici une petite fenêtre ouverte sur la vie au sein de son école:

http://www.icem-pedagogie-freinet.org/blog/189

Véronique Decker a écrit un mail le 28 aout dernier:

 » Hier, le camp ou vivent une partie de ces enfants a été expulsé. Manuel Valls et le préfet sont ravis de cette expulsion qui est  respectueuse de nos principes et fermes en même temps ».

Alors, je vais vous raconter les principes, car pour l’avoir vécu hier  en direct, je cherche et les principes et la fermeté.

Veille de l’expulsion : Amnesty International appelle la préfecture  pour savoir ce qui se passera : la préfecture affirme qu’il n’y a que 12 familles qui seront expulsées, qu’il n’y a pas d’enfants scolarisés  dans ces familles et que trois chambres d’hôtel ont été prévues pour  les familles avec souci de santé. En effet, il n’y a que la moitié du  terrain qui est visé par l’expulsion, et la plupart des gens se sont  déjà regroupés dans la partie non expulsable, qui appartient à la mairie. LA PRÉFECTURE MENT.

Jour de l’expulsion : 7 h du matin. Tout le camp est évacué. La police  refuse de laisser sortir les caravanes. Puis elle accepte. Puis elle  refuse à nouveau sans raison. Puis elle accepte. Dès que les habitants auront garé leur caravane dans la rue pour attendre des solutions  d’urgence, la police va les emmener en fourrière, puisqu’elles sont  garées illégalement dans la rue. LA POLICE HARCÈLE.

8 h du matin. Les habitants du camp et les militants associatifs sont repoussés de l’entrée du camp. Nous nous retrouvons avenue Salvador  Allende et nous décidons de faire une manifestation assise au milieu de la rue. La police bloque la circulation pour nous protéger. Petit à  petit, il fait chaud, les enfants ont faim. Une personne part et va  chercher du pain et de l’eau. Lorsqu’elle revient la police interdit  que le pain et l’eau soient donnés, et elle bloque cette personne loin  de nous. Puis elle accepte. Puis elle refuse lorsqu’une autre personne  va également chercher du pain. Puis elle accepte à nouveau. LES  ENFANTS ONT UNE BIEN ÉTRANGE VISION DE LA PAROLE DE L ÉTAT.

10 h du matin . Nous sommes toujours dans la rue . Lorsque les gens  finissent par avoir envie de faire pipi, la police explique que ceux  qui sortiront du dispositif ne pourront pas y rentrer. Alors les  mamans déplient une couverture, la tendent le long du trottoir, et  s’abritent derrière pour uriner. La police se moque ouvertement de ces  pauvres femmes. Je me tourne vers une policière et je lui demande :
Vous feriez comment à leur place ???

11 h : Une petite fille a fait caca sur elle. Son père me l’apporte,  ne sachant que faire. Deux autres enfants me demandent à aller faire  caca aussi. Je négocie avec la police pour sortir avec trois enfants  et aller jusqu’à mon école, la laver et la changer, et permettre aux  autres de faire caca plutôt dans les WC. La police m’interdit de  sortir, puis accepte mais à condition que je fasse le tour d’un pâté  de maison c’est à dire qu’ils vont m’interdire de prendre la rue qui  va à l’école, m’obligeant à faire le tour de trois rues complètes,  avec deux petites filles mourant d’envie de faire caca, et un bébé de  4 ans pour qui s’est déjà trop tard. LA POLICE ABUSE DU POUVOIR QUE LA  FORCE LUI DONNE.

13 h : La police qui est épuisée comme nous d’être en plein soleil  nous propose de nous installer sous un pont un peu plus loin à  l’ombre. Un homme s’est évanoui. Les pompiers sont venus le chercher.  La préfecture explique qu’ils ont trois chambres d’hôtel, et il y a  plus de 100 personnes sous le pont. Nous attendons. LA PRÉFECTURE MENT ENCORE, car le préfet peut réquisitionner un hébergement et ne le fait pas.

17 h : La policière propose aux gens qui le souhaitent d’appeler le  115. Une famille, dont la femme a le cancer et a des soins lourds  accepte : la policière reste plus d’une heure en attente, avec la  petite musique énervante que tous ceux qui ont appelé le 115  connaissent. Puis le 115 répond qu’en cas d’expulsion, les  hébergements dépendent de la préfecture. La policière appelle la  préfecture. La préfecture lui donne le n° de téléphone de la DDE….qui ne s’occupe pas du tout de l’hébergement et qui de toutes  les façons ferme à 17 h. La policière est dépitée. LA PRÉFECTURE SE  MOQUE DE LA POLICE…

19 h : Les policiers nous disent qu’ils vont partir et qu’ils vont  rétablir la circulation. Ils proposent aux Roms d’aller se faire  héberger dans d’autres camps roms, chez des amis ou dans leur famille. Nous doublons les policiers et nous partons nous installer devant la  mairie. La encore, la préfecture refuse d’ouvrir des hébergements, la  mairie refuse d’ouvrir un gymnase. Les enfants et leurs parents vont  dormir dehors. LE MINISTÈRE DE L ÉDUCATION NATIONALE DIT VEILLER A LA  RENTRÉE SCOLAIRE DES ENFANTS !

20 h : La mairie nous informe que les familles pourront réintégrer la  partie non expulsée du camp à la fin des travaux. Sans date. Peut-être  la semaine prochaine. On ne sait pas.

Mais dans quel état seront ces enfants dans une semaine ?
Physiquement, psychiquement ?
Qui peut croire qu’ils seront disponibles pour apprendre ?
Qui peut croire que réinstaurer des règles de droit avec eux sera  simple ?

LA RENTRÉE DES ÉLÈVES AURA LIEU MARDI 3 SEPTEMBRE. MAIS CELLE DES  ELEVES ROMS ?  »

Véronique Deker m’a ré écrit hier pour m’autoriser à diffuser son mail, elle a ajouté:

« Ici tout a bien fini puisque les familles,  après avoir dormi dehors et perdu caravanes et objets personnels, ont  tout de même réintégré le terrain.
Cordialement;

Véronique DECKER «