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Le « préfet des Roms » bientôt expulsé par Manuel Valls

In Vos infos. on juillet 3, 2014 at 13:58
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Chargé de veiller à l’application de la circulaire du 26 août 2012 sur les bidonvilles, le préfet Alain Régnier a été prié de faire ses bagages par 
le gouvernement. Sa mutation, qui n’est pas encore officialisée, est un mauvais signal pour l’avenir, s’inquiètent de nombreuses associations.

Rien n’est encore officiel. Mais l’information s’est propagée comme une traînée de poudre dans les associations de lutte contre l’exclusion. Le préfet Alain Régnier va prochainement être remercié par le gouvernement. En fin de semaine dernière, il a reçu un simple coup de fil du ministère du Logement le priant de faire ses bagages. La stupéfaction est à la hauteur du rôle joué par ce haut fonctionnaire.

Surnommé le « superpréfet des SDF » ou le « préfet des Roms », il a été promu au poste de délégué interministériel pour l’hébergement et l’accès au logement des personnes sans-abri ou mal logées par François Fillon, en 2008. Directement rattaché au premier ministre, il a pour rôle, avec sa petite équipe, de coordonner toutes les politiques envers les personnes à la rue, contre l’habitat indigne, ou d’accompagnement des gens du voyage.

Des missions qui n’ont cessé d’être élargies au fil des ans. C’est à lui que Jean-Marc Ayrault, alors premier ministre, confie la charge de mettre en œuvre la circulaire du 26 août 2012 relative « à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites ». Ce texte, signé par sept ministres, devait donner le ton d’une nouvelle politique pour les Roumains et Bulgares qui survivent dans les bidonvilles de France. Et la règle est claire : plus d’évacuation de campement sans diagnostic social et sans solution d’hébergement.

Paie-t-il son désaccord avec Valls ?

Le préfet Régnier se bat comme un beau diable. Il envoie un vade-mecum à tous les services de l’État pour faire connaître et expliquer la circulaire. Il intervient parfois directement pour permettre la scolarisation des enfants. Il met en place un réseau de correspondants départementaux dans chaque préfecture, afin de mettre autour de la table représentants de l’administration, collectivités locales et responsables associatifs. La petite équipe de la Dihal recense aussi avec précision les 394 bidonvilles du pays et radiographie la situation des 16 949 hommes, femmes et enfants qui y ont trouvé refuge. Parallèlement, la délégation multiplie les journées d’échange pour en finir avec une lecture ethnicisée de la « question rom » pour promouvoir, au plus haut sommet de l’État, une politique d’accompagnement social, d’intégration et de résorption de l’habitat indigne.

De réels efforts qui se heurtent alors au ministère de l’Intérieur qui, sous l’égide de Manuel Valls, ne cesse de défendre une tout autre ligne, basée sur les expulsions systématiques par les forces de l’ordre. Une schizophrénie gouvernementale que le préfet Régnier n’hésitera pas à dénoncer publiquement. Le 30 juillet 2013, une journaliste de Libération lui demande : « Comment un enfant peut-il aller à l’école quand il est forcé de changer de lieu de vie trente ou quarante fois dans l’année à cause des évacuations répétées de campement ? » La réponse du préfet Régnier est lapidaire : « Il faut poser la question à Manuel Valls. »

Son départ, qui doit être confirmé officiellement dans les prochaines semaines en Conseil des ministres, est-il lié à sa volonté intacte d’appliquer la circulaire d’août 2012 ? Le préfet Régnier paie-t-il son désaccord lancinant avec Manuel Valls, pour qui les Roms « n’ont pas vocation à s’intégrer en France » ? Ou était-il dans le viseur pour avoir été, par le passé, un collaborateur de Dominique de Villepin ?

« Il faut que le gouvernement s’explique ! » tonne Philippe Goossens, de la Ligue des droits de l’homme, qui salue « un serviteur de l’État à l’écoute » et qui a « su créer le dialogue et la confiance avec tous les acteurs ». Outre l’avenir personnel d’Alain Régnier, cette décision, si elle était confirmée, serait, selon lui, « un très mauvais signal donné sur l’orientation du gouvernement sur la gestion de ce dossier ». Qui plus est de la part d’un premier ministre qui a doublé le nombre d’évacuations de bidonvilles lorsqu’il était locataire de la Place Beauvau. En limogeant le préfet, Manuel Valls pourrait du même coup enterrer l’application de la circulaire du 26 août 2012, dix-huit mois seulement après son adoption. Contacté, Matignon n’a pas souhaité répondre à nos questions. Au ministère du Logement, on reconnaît du bout des lèvres que « l’on organise la mobilité du préfet Régnier, en lien avec lui, pour lui permettre d’évoluer, comme tout autre haut fonctionnaire ».

Porte-parole du collectif Romeurop, Laurent El Ghozi veut croire que la mutation de ce « républicain de grande valeur », « loyal » et « constructif » n’est pas encore définitive. Car le nombre de chantiers ouverts par la Dihal ces derniers mois est impressionnant. Outre l’accompagnement des évacuations de bidonvilles, dont le travail collégial commence seulement à prendre forme sur le terrain, cette délégation a aussi la charge de réviser la « stratégie de la France pour l’inclusion des Roms », conformément aux engagements pris devant le Conseil européen. Laurent El Ghozi serait également déçu de voir partir un préfet qui vient d’être chargé de réactiver la Commission nationale consultative sur les gens du voyage.

Se pose aussi la question « de l’avenir d’une conception interministérielle de la politique envers les plus démunis », s’inquiète Christophe Robert, directeur adjoint de la Fondation Abbé-Pierre, qui a corédigé un rapport avec Alain Régnier pour préparer le plan quinquennal de lutte contre la pauvreté. « Cet outil doit être maintenu, voire démultiplié, avec un soutien politique encore plus fort à l’avenir », explique celui qui est aussi porte-parole du Collectif des associations unies. Prudent, Christophe Robert préfère ne pas trop tirer de conclusions de ce remerciement. « Ce qui compte avant tout, c’est la teneur de la feuille de route du gouvernement concernant les personnes défavorisées, dévoilée le 8 juillet prochain. » On saura, à ce moment-là, si le départ du superpréfet aura été de mauvais augure.

Les expulsions continuent
Près de 150 personnes ont manifesté ce week-end à Évry pour condamner la « maltraitance » des Roms. « C’est une marche pour exprimer notre opposition à la politique à l’endroit des Roms », a déclaré l’Association de solidarité en Essonne avec les familles roms. Qui dénonce
« l’éviction systématique des campements » et la cruauté de « détruire les cabanes au petit matin, d’effrayer les enfants avec des bulldozers »

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Pierre Duquesne
Mercredi, 2 Juillet, 2014
[Source : L’Humanité]

		
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